1914   -  Pupille de la Nation   - 1918

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La semaine par Henriot Illustration mai 1917
1917 - Mai   :  Les Etats-Unis se préparent à traverser l'Atlantique et en France, les grèves commencent à paralyser les usines

Courrier_1917_05_3_Ernestine_a_Jeanne_site_Papy_Louis Mazé le 03 Mai 1917

Ma chère sœur,

... j'espère que bientôt tu viendras le chercher avec Joseph. J'ai eu des nouvelles ces jours, il est recommencé à me correspondre et je lui ai fait réponse; en ce moment il est comme André, il ne sait quand sera la permission. André est très occupé à son emploi mais se trouve bien plus heureux que les brancardiers qui, dit-il, ont beaucoup de travail en ce moment, les permissions seront rétablies quand le régiment sera au repos.

...Tu diras bonjour à tonton René et qu'il prenne courage, bientôt j'espère nous les reverrons au pays.
Le filleul va toujours bien et n'oublie pas marraine, il était heureux d'avoir sa carte.
Bonjour de tout le monde et bonne santé avec bien du courage.
Je t'embrasse bien fort te disant à bientôt.

Ernestine.

Carte_postale_site_PapyLouis
Début mai 1917, ma grand-mère (la maman de Papy-Louis, déjà veuve de guerre depuis octobre 1914), écrit à sa belle sœur. Leurs habitations respectives ne sont qu'à une quinzaine de kilomètres mais, elles n'ont que la bicyclette pour se déplacer; de plus, le temps et les occupations (travaux des champs et jeune enfant), ne sont guère favorables aux loisirs...C'est donc par voie postale, même à si peu de distance, qu'elles communiquent.

Elle précise qu'elle " reprend " la correspondance avec Joseph (Désiré de son premier prénom et qui décédera dans un an - avril 1918 - sous un obus..) car elle vient revient d'un séjour hospitalier. En effet, les décès de son mari, de son père, l'affection pulmonaire de son fils et les travaux de l'exploitation agricole pour remplacer les hommes ont bien fatigué son cœur !

On notera particulièrement dans ce courrier que les permissions sont attendues avec impatience autant par les soldats que par les femmes à l'arrière.

Les écrits rapportés par Désiré et par René, les deux frères, en témoignent.

André, le brancardier (frère de ma grand-mère), commence son apprentissage et sa nouvelle mission : télégraphiste.

L'allusion au "travail des brancardiers" montre bien que les combats font rage !

Le filleul (Papy-Louis) est heureux d'avoir sa carte : peut-être celle-ci, qui correspondrait par rapport aux archives et au niveau du calendrier .

Calendrier_1917

Courrier_1917_05_8_Desire_a_Rene_site_PapyLouis
8/5/17

Cher frère,


J'ai reçu hier soir ta lettre du 4 mai. Je commençais à me demander ce que tu devenais.

Je suis content de te savoir en bonne santé et te remercie des bonnes nouvelles que tu me donnes.

J'ai reçu aussi ces jours-ci une lettre de Jeanne qui dit que la santé va à peu près.

Le travail ne manque guère mais il faisait assez beau temps au moment.

Depuis qu' Ernestine était partie, je ne lui écrivais plus ne sachant comment adresser mes lettres.
Quand tu m'as dit qu'elle allait rentrer, j'ai écrit à Mazé et reçu réponse ces jours-ci.

Elle ne se plaint pas de trop pour son état elle n'est pas guérie les forces manquent encore mais avec le temps et la belle saison elle espère.

Le petit neveu était content de retrouver sa mère parait-il.
Il serait heureux de voir ses tontons car André n'est pas venu depuis longtemps.

Il aurait réussi dans la T.S.F., c'est intéressant autant qu'une permission.

Je puis te dire aujourd'hui que je compte partir en permission pour le 10 mai, c'est proche je ne vois rien qui ne puisse mettre empêchement.

Pour te promettre de passer par Paris comme tu m'y invites , ne compte pas sur moi à l'aller.

Pendant mon séjour au pays je vois qu'il ne serait pas impossible que tu puisses y venir toi-même car la question pourrait se résoudre d'ici-là.

Je retrouverai Leroyer au patelin qui me précède de quelques jours.

Rien de particulier la santé va son train le métier devient de plus en plus dégouttant.

Quand verrons-nous la fin de cette guerre.

Je termine en te souhaitant le bonjour une bonne santé. Ton frère.

Désiré Milon signaleur 6ème bataillon 335ème régiment secteur postal 156.
Comme                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   tu vois j'ai encore changé de secteur.
Ce courrier corrobore les écrits de la lettre ci-dessus provenant de sa belle-sœur et en particulier l'embarras qu'il avait à communiquer pendant  son hospitalisation.




On peut imaginer le " petit " Papy-Louis quand Désiré dit " Le petit neveu était content de retrouver sa mère parait-il. " ...
Il a sept ans 1/2,
Il a perdu son papa en octobre 1914,
Il vient de déménager pour que sa maman s'occupe de son grand-père malade et de l'exploitation agricole,
Il peinait pour assurer les navettes de 6 km par jour à pieds pour aller à l'école dans le froid   ...
Il a d'ailleurs contracté une affection pulmonaire soignée ... sans antibiotiques !
Son grand-père vient à son tour de décéder.
Puis sa maman est malade du cœur et doit être hospitalisée..

On peut comprendre l'angoisse de ce petit bout de 7 ans (et par là même penser à tous les enfants qui subissent aujourd'hui encore des situations similaires à travers le monde)

Désiré semble une fois de plus très intéressé par la T.S.F. On verra en septembre qu'il commencera à pratiquer.

Les permissions sont rares depuis Verdun et la Somme et le moral des soldats n'est pas au beau fixe, en particulier au front et sous le commandement de Nivelle.

Depuis le début Mai, Pétain succède à Nivelle comme chef d'état-major des armées :

Petain_1917
source L'Illustration 5 mai 1917

En effet, après le carnage du Chemin des Dames de la mi-avril 17 (un de plus)   : 100 000 hommes français mis hors combat en une semaine, après l'offensive de Champagne, après l'enlisement de la Somme, les poilus démotivés et démoralisés sont souvent révoltés.

Des mutineries, des auto-mutilations mais aussi des exécutions augmentent le mécontentement général .

Il sera même constaté des refus de réintégration des positions et des mouvements de fraternisation au front en ce mois de mai 1917.

La réputation de Pétain liée à Verdun et son comportement plus humaniste conduisent à ce remplacement et il se voit nommé commandant en chef des armées françaises.

Il améliorera les conditions de vie des soldats et ainsi, redonnera confiance aux troupes.
(ce qui n'empêchera pas que Foch lui prendra la place de généralissime des troupes - alliées comprises - en raison de son attitude trop "défensive")
Edmond Rostand qui décèdera en 1918 de la grippe espagnole et qui, depuis 1914, s'implique beaucoup dans la vie des soldats, écrit en mai 1917 :

La complainte
de ceux qui vont combattre :


 
Voilà mille jours qu'on se bat. Mille fois que le jour est né.
Mille fois qu'ils ont frissonné ! Les fins de nuit sont le moment, Du plus mauvais frissonnement.
Elle est allemande, la nuit. Car, en s'enfuyant, elle nuit.
Elle jette un poison d'effroi, Dans le puits bleu du matin froid.
Le petit frisson auroral, Est le plus grand frisson moral.
L'Homme, à trois heures du matin, Doute toujours de son destin.
Un cœur n'est plus rouge mais gris, Quand l'Aube, entre ses doigts, l'a pris.
Doigts de rose ? parlons sans fard : Elle a des pattes de cafard.
Quiconque a mal dormi le sait. Mais pour eux songez ce que c'est,
Ce réveil avec ce frisson, Et quand ils revoient ce qu'ils sont !
C'est l'heure où l'on sort de son trou, La bouche amère et le cœur mou.
Pour souffrir ce qu'on a souffert, On remet son chapeau de fer.
Des hommes passent, lourds, pliés, Et la route est sans peupliers.
Courrier_1917_05_14_Ernestine_a_Jeanne_site_PapyLouis Mazé le 14 mai 1917



Ma chère Jeanne,


...Joseph me disait aussi qu'il serait heureux de se rencontrer avec André et ce serait bien le moment car il est arrivé de vendredi, mais ayant deux jours pour sa citation, il reste neuf jours ce qui fait qu'il ne repartira que le lundi.


...André a beaucoup à faire avec tous les gens qui le pressent de questions sur son emploi et lui s'y intéresse beaucoup, il s'entretiendra fort avec Joseph qui connaît quelque chose du métier.


J'espère donc passer quelques heures de bonnes distractions en famille tout prochainement.


...En attendant, je t'embrasse bien fort ainsi que Louis qui se réjouit de voir Marraine et tonton Joseph.

Au revoir et à bientôt

Ernestine. 
Deux jours de permisssion .... (cela parait si dérisoire pour un tel acte de bravoure)

Douaumont_citation_Oncle_Andre

CITATION à l'ordre du régiment
"A fait preuve d'un courage et d'une endurance remarquables dans la relève des blessés dans le secteur particulièrement pénible de DOUAUMONT; est revenu épuisé après accomplissement de sa mission"


T.S.F._1917_Oncle_Andre
La T.S.F. au front

Le voici donc le " nouveau métier " de l'Oncle André
C'est au cours de cette permission que l'Oncle André a fait écouter les messages du front (antenne branchée sur la ligne téléphonique) à Papy-Louis mais aussi au grand-oncle de Papy-Louis qui aurait dit :  "C'est diabolique"!
(voir aussi la rubrique radio)
Courrier_1917_05_19_Desire_a_Rene_site_PapyLouis Le Plessis-Grammoire 19-5-17





Cher frère,


.... Je ne sais si l'an prochain il y aura du pain à manger car il faut voyager pour se rendre compte de la misère car dans bien des endroits la semence et le travail est perdu.


Si tu prépares le terrain pour semer des pommes de terre, c'est sans doute peine perdue; nous avons coupé les chardons dans celles du père Bré puis passé la houe car l'herbe pousse par ce temps tendre.

Les betteraves sont commencées à semer il faudrait du soleil pour continuer.


Je ferai mon possible pour terminer.

J'ai labouré pour les carottes, je passerai la houe si le temps est favorable et, s'il ne me manque pas, dans les pommes qui lèvent à présent.



Hier nous avons été à Mazé. Bon voyage, la malade va de mieux en mieux, elle a bonne mine, les forces font défaut, un peu rien surprenant.


André était là aussi en permission.


Le neveu a grandi mais la malice ne le quitte guère.


Chez l'Oncle Louis, la santé va son train.


Je termine en te disant bonjour, bonne santé.


Quand je serai de retour au bagne, je te donnerai des miennes à nouveau. D.Milon
Il est impressionnant de voir ce qu'ils décrivent comme tâches en si peu de jours alors qu'ils auraient tant besoin de se reposer après des combats si pénibles et des nuits sans dormir !






En effet, les deux frères (survivants à ce moment, puisqu'il n'en reviendra qu'un sur les trois), utilisent le temps des permissions pour faire les gros travaux que les femmes n'ont pas pu, physiquement ou par faute de temps, réaliser en leur absence.






On ressent aussi dans ces courriers, la nécessité de faire pousser quelques légumes car la misère est partout grandissante. Ce n'est pas seulement pour entretenir et encore moins pour vendre car les hommes ne sont plus là pour conduire les charrettes au marché de la ville...



Le bagne !!
Courrier_1917_05_23_Ernestine_a_Rene_site_PapyLouis

Mazé le 23 mai 1917

Mon cher frère,

J'ai été bien heureuse de recevoir ta lettre me donnant quelques nouvelles de toi.

Joseph s'est bien trouvé avec Jeanne à passer la soirée en famille et pense que la télégraphie sans fil a occupé une bonne place dans les conversations.

Nous étions bien heureux de nous trouver réunis mais, hélas il y avait des manquants; tu aurais été content, j'en suis sûr d'être avec nous.

Tout le monde se porte bien malgré tous les travaux et ennuis de toute façon et tous désirons que bientôt nous rassemblerons les malheureux soldats attendus si ardemment. 

Je t'envoie toutes nos amitiés. Au revoir Ernestine.

En fait, on voit bien que sur une petite semaine à la maison, une seule soirée sera consacrée à la rencontre avec la famille... et ils ne se plaignent pas !


Dans les propos de ma grand-mère, on lit bien, malgré la joie des retrouvailles à l'occasion des permissions, toute la tristesse liée à l'absence de son mari décédé, il y a déjà plus de deux ans mais aussi de son papa, l'année précédente ...


Elle pense néanmoins et se raccroche aux autres membres de sa famille auxquels elle souhaite une fin rapide de la guerre et surtout sans autre malheur (ce ne sera pas le cas).
Courrier_1917_05_24_Desire_a_Rene_site_PapyLouis Jeudi 24 Mai 1917





Cher frère,

Je te fais part de ces quelques lignes comme je te l'avais promis dans ma dernière lettre.


Voilà ma permission terminée. Le temps passé au pays fut de courte durée comme à chaque fois mais c'est un plaisir parmi tant de souffrances.

Le jour de l'Ascension se passa à Mazé en famille.
Ernestine va aussi bien que possible, le neveu donne toute satisfaction au sujet de l'étude.

André était là aussi , il ne se plaint pas de trop.
On peut noter, une fois encore, toute l'importance du courrier. C'était le seul moyen pour rassurer les proches de tous ces moments risqués même si les déplacements les mettaient certainement moins en danger que la présence en ligne de front ....( aujourd'hui on prendrait le mobile pour téléphoner ou passer un sms ou encore on enverrait un mail !).


Le frère absent à la réunion de famille peut ainsi avoir les nouvelles depuis l'arrière et depuis le front que Désiré rejoint à nouveau.


(je vous ai épargné la description exhaustive des travaux effectués à la ferme pendant la permission .... il devait travailler jours et nuits ! )
Courrier_1917_05_24_Rene_a_Jeanne_site_PapyLouis Jeudi 24 mai 1917


Ma chère Jeanne,

...Mardi midi, j'ai eu la visite d'André Choplin qui retournait là-haut, on a passé 2 heures ensemble et j'ai eu des nouvelles de vous tous.

...Ma foi, ça a du mal à s'embonnir, la situation

...Lundi et mardi, on a mangé la soupe au biscuit. Quand c'est bien trempé, ce n'est pas trop mauvais.

...Ces premiers jours sans viande l'ont fait augmenter et vendre à tout prix, dimanche à midi, il n'en restait plus nulle part.

Mardi soir est arrivé des musiciens Anglais qui vont être là 4 ou 5 jours.
Hier, Joffre et Viviani sont rentrés d'Amérique, tous les inoccupés vont attendre pour voir.

Voilà une huitaine, les couturières étaient en grève, elles voulaient augmentation et la semaine payée sans travailler, le samedi après-midi. Cela semblait s'arranger puis mardi, ça reprenait. Elles ont été devant la chambre des députés faire du bruit mais les grilles étaient fermées. Elles ont donné un message aux députés, d'autres avaient été par les grands magasins qui ont fermé à deux heures pour éviter la casse. Elles envoyaient les flics au front, enfin les patrons ont cédé et le travail est repris mais d'autres réclament autant, ça fait qu'il y a encore des grévistes : modistes, fourreurs, caoutchoutières et corsetières, ça change. Le charbon est rare mais on s'en passe mieux que cet hiver.
Il y en a qui disent encore pour deux ans de guerre, mais moi je crois que la moitié suffirait pour avoir la fin et ne serait-il pas bien temps. Je termine ma babillarde en t'embrassant bien fort.
On voit bien là encore que les nouvelles transmises par ces sources différentes font que le maillage permet de recouper les nouvelles . Cela devait être rassurant de savoir que si certaines informations n'arrivaient pas d'un côté, elles devaient passer par une autre source.

Par ces propos, on voit bien que la situation est de plus en plus difficile.

Ce ne sont plus que les conditions de vie et de séjour qui sont pénibles. La nourriture manque, l'approvisionnement est irrégulier... Quand le ventre n'est pas rempli un minimum, le poilu ressent encore plus les autres souffrances.

On voit en bas de lettre que la pénurie est également sur le charbon, heureusement que le froid est fini.


Musique anglaise, Joffre et Viviani : Les Etats-Unis

D'après cette lettre, le domaine de la couture semblait le premier touché par les grèves (qui vont s'étendre à l'alimentation,  aux banques etc)

Mais si les ouvrières et les ouvriers, à l'arrière, dans le civil, manifestent, se mobilisent et se mettent en grève, les soldats qui sont révoltés par la situation et l'enlisement emboitent le pas ou du moins accentuent les mutineries.


On retrouve bien cette lassitude et cette révolte dans la "Chanson de Craonne"

Extrait parlant de la grève du poilu :


 

Chanson de Craonne intégrale :


 
(extrait sonore video youtube Marc Ogeret)


Dans son courrier posté le 24 mai depuis Paris, René, qui gardait des prisonniers et était basé, à cette époque, à l'école militaire, nous écrit qu'il a vu des musiciens Anglais et parle du retour de Joffre et Viviani d'Amérique.
En effet, comme le montre le document photographique paru dans l'Illustration du 26 mai ci-dessous, ils étaient allés aux Etats-Unis pour une mission qui consistait essentiellement à convaincre, avec diplomatie, le président Wilson et le peuple américain de venir en aide militairement aux alliés déjà dans le conflit. D'autant plus que la Russie qui vit sa révolution réclame la paix, risque de ne plus mobiliser autant l'Allemagne sur les fronts Est, ce qui conduirait les alliés à l'ouest à devoir faire face à des troupes et des moyens encore plus nombreux et massifs.

Joffre_Viviani_Washington

Personnalités présentes sur la photo :
M.Viviani et le Maréchal Joffre (lire ci-contre) =>
Autres personnailés : (source wikipédia)

Robert Lansing (né le 17 octobre 1864 à Watertown - mort le 30 octobre 1928) était un homme politique américain. Il fut le 42e Secrétaire d'État des États-Unis sous la présidence de Woodrow Wilson.

Il créera entre autres un petit service de renseignement, le Bureau of Secret Intelligence, ancêtre de l'actuelle Diplomatic Security Service et son activité sera importante lorsque États-Unis seront engagés dans la Première Guerre mondiale.

Il accompagne le Président Wilson à la conférence de la Paix de 1919.

Jean Jules Jusserand joua un rôle important dans l’entrée en guerre des Etats-Unis. Dès 1914, il milite pour l’entrée en guerre des Etats-Unis auprès de la France. C’est une période d’angoisse et d’inquiétude pour Jusserand car l’opinion publique américaine était très divisée. Il fallut aux Américains plus de trois ans avant d'entrer en guerre, suite à la guerre sous marine à outrance lancée par l’Allemagne.

Les 12 mars 1917, la Chambre des Représentants autorise à faire armer les navires de commerce. A la suite de l'attaque de deux bateaux américains par des U-Boats allemands, le président américain constate le 20 mars que l'État de guerre existe avec l'Allemagne; et que les États-Unis ne pourront limiter leurs dispositions défensives au seul domaine naval. Le 2 avril, il annonce au Congrès qu’il souhaite entrer en guerre aux côtés de l’Entente, et qu’il s’agit d’envoyer combattre une armée sur le sol de France, entrant ainsi directement dans le conflit3. Le Sénat américain approuve cette résolution, par 182 voix contre 6. Le 6 avril 1917, les États-Unis sont officiellement en guerre. C’est le 28 juin 1917 que la première division américaine entre sur le sol français, débarquant à Saint-Nazaire. Jean Jules Jusserand déclare à cette occasion : “Pour la première fois, une nation neutre s’est décidée à entrer dans le conflit sans marchandage préalable, sans avoir posé de condition.”

Arthur James Balfour (25 juillet 1848 – 19 mars 1930), 1er comte de Balfour, Premier ministre du Royaume-Uni et chef du parti conservateur, célèbre pour son action en tant que ministre des Affaires étrangères pendant la Première Guerre mondiale.
Les Etats-Unis venaient de signer la déclaration de guerre à l'Allemagne, début avril, c'est pour cela que la délégation française s'est rendue sur place : pour déterminer les directives de la coopération avec les alliés.
Cette mission, comme toujours en politique, se devait d'être "diplomatique" pour emporter l'adhésion et du président Wilson et du peuple américain.

Pourquoi Joffre alors qu'il venait d'être remplacé ?
Par défaut et à la faveur du gouvernement, bien qu'à la troisième place, en juillet 1911, Joffre avait pris la tête de l'Armée après que le poste fut proposé et refusé par les généraux Galliéni et Pau.

A la déclaration de guerre, en 1914, il est donc le chef des armées et a expérimenté un grand nombre de dispositions au cours des manoeuvres militaires et de nouveaux équipements au cours de ces 3 ans.

Mais, dès le début du conflit, il fait engager ses régiments dans des combats à outrance et ne manque pas de critiquer tous ceux qui ne partagent pas son avis, il en sera de ses subalternes, des autres généraux mais aussi de certains membres du gouvernement et des alliés anglais.

Je ne citerai que deux phrases qui mettent en lumière le personnage :
 en septembre 1914 :  « Au moment où s'engage une bataille d'où dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée »
en février 1916 : « Tout chef qui dans les circonstances actuelles donnera un ordre de retraite sera traduit devant un Conseil de guerre »

C'est la période de Verdun et Joffre, qui trouve Pétain trop défensif décide de le remplacer par Nivelle. Néanmoins, le combat à outrance mené par Nivelle dont l'illustration ultime est le Chemin des Dames, permettront à Pétain de se voir nommé commandant en chef des armées françaises en mai 1917.

Entre temps, fin 1916, Joffre ayant de nombreux détracteurs, sera remplacé par Nivelle comme commandant en chef des armées et Joffre aura ainsi la "sanction des puissants" puisqu'il promu Maréchal de France avec pour poste : conseiller technique du gouvernement.

C'est donc à ce titre qu'il sera un acteur de la mission aux États-Unis, aux côté de Viviani, président du Conseil au moment de la déclaration de la guerre de 1914/1918, cofondateur du journal L'Humanité avec Jean Jaurès, ancien ministre du Travail, sachant que Joffre est reconnu outre-Atlantique comme un des principaux sinon le principal vainqueur de Verdun, comme le décrit le ministre de la guerre A.Ribot « son inégalable prestige » (même si ce n'est pas le cas militairement et vis à vis des troupes). Le bateau est parti de Brest le 15 avril 1917.

Il y avait urgence à faire engager militairement les Etats-Unis mais ceux-ci n'avaient à ce moment qu'une armée minimaliste de 120 000 hommes. On imagine l'effort de recrutement, mobilisation et formation puisque 2 000 000 de soldats américains étaient en France en 1918 ! 

extrait de wikipédia :
Au bout de neuf jours de mer, la mission arrive à New York le 24 avril. L'amiral Mayo, chef de la flotte américaine de l'Atlantique s'exclame : « Sir, votre présence ici est le plus grand honneur qui puisse être rendu à mon pays ! » Dans les rues, la foule crie « Joffre ! Joffre ! » L'homme est accueilli en héros national. Tous les journaux américains rendent hommage au « vainqueur de la Marne » et on va jusqu'à le comparer à La Fayette. Joffre donne une conférence à l'École de guerre sur la situation militaire de l'Europe : il demande les moyens les plus rapides pour une intervention américaine. À Mount Vernon, il dépose sur la tombe de George Washington la palme offerte aux soldats morts pour la patrie84.

Enfin, il désire convaincre le président Wilson qu'il rencontre longuement. Avec lui, il passe en revue chaque détail du conflit : les effectifs français et allemands, l'organisation de l'armée américaine, le transport et le débarquement, l'organisation du commandement… Au ministère de la Guerre, on lui présente le commandant des forces américaines, le général John Pershing. Au total, dans un premier temps, une division composée de quatre régiments d'infanterie, de douze batteries de campagne et de six batteries lourdes s'embarquent début juin. Le 24 mai, le maréchal Joffre est de retour en France ; il est nommé inspecteur général des troupes américaines. Une nouvelle polémique émerge : contrairement à ce qui était prévu, c'est-à-dire que les Américains servent dans leur armée, le gouvernement Painlevé veut placer des paquets de soldats américains dans les armées franco-britanniques. Joffre refuse et énonce que la parole de la France aux États-Unis est en jeu. Le 13 juin, Pershing est accueilli par Joffre à Paris ; les deux officiers sont reçus triomphalement par les Parisiens.




On apprendra beaucoup plus tard que le 29 de ce mois de mai 1917, John Fitzgerald Kennedy voyait le jour.


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