1914   -  Pupille de la Nation   - 1918

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1917 - Février  :  Correspondances

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27 Février 1917
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De tous les échanges entre les frères et sœurs survivants à cette date, on peut retenir une lassitude, une exaspération, une fatigue, un découragement, etc... même si le mot espoir revient de temps à autre.

Le froid est terrible en cet hiver 1917 et, que ce soit au front ou à l'arrière, dans les campagnes, soldats, femmes, vieux et enfants en souffrent.


Cette souffrance est d'autant plus grande que les restrictions se font de plus en plus sentir, même dans les campagnes et que des taxes sont appliquées aux denrées indispensables, beurre, sucre etc.. 


Les populations sont donc plus fragiles et que ce soit au front, par la faute de la guerre ou à l'arrière, on ne parle que des morts de plus en plus nombreux.
1er février 1917



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"...je ne l'ai pas fait car on a voyagé et il faisait bon par la neige et le froid . "
"...je ne sais pas si vous n'avez pas à vous plaindre du froid mais pour moi, je serais content de le voir finir depuis mon retour de permission la neige est sur la terre. Elle a fondu un peu malgré tout et, à force de passer, les routes et les endroits battus, il faut faire attention pour ne pas tomber. Il me semble qu'à cause que l'on est militaire, il n'arrive pas d'accident, il doit y avoir quelque chose qui nous protège, pourtant, un bras une jambe cassés, ce n'est pas grave à côté d'autres blessures et le temps de guerre ne nous appartient pas. vivement la fin de cette boucherie qui n'aurait jamais dû exister, qui ressemble et sert à quoi ?"

 
Sont-ils anesthésiés par les horreurs qu'ils côtoient tous les jours pour raisonner de la sorte où ne raisonnent-ils plus "normalement"?

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07 février 1917




Il n'y a pas qu'au front que le froid fait des ravages dans la population. Dans cet extrait, la grande tante explique des morts brutales de personnes en pleine rue, sans doute déjà très affaiblies et par ailleurs, c'est la première fois que l'on entend parler de restrictions et de taxes sur le beurre à la campagne.
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10 février 1917


L'hécatombe continue au pays. Et pourtant, on espère, on ne sait toujours pas qu'il y en a encore pour deux longues années et que la grippe espagnole va arriver !
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Comble de bonheur, les gelées importantes ont eu raison des cultures semées et plantées et les graines ou pommes de terres ramassées pour la saison suivante sont elles aussi gelées quand les précautions n'étaient pas au maximum. Pauvres femmes, elles ne pouvaient pas être partout et tout savoir et tout pouvoir faire !

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Les nouvelles vont du front au front en passant par l'arrière par belle sœur et femme interposée.
 " Joseph avait grand froid, il ne demande plus la guerre (il ne l'a jamais demandé, c'est l'expression)  il en a son compte, voilà longtemps, heureux s'il s'en tire à bon compte, je le lui souhaite..." (Malheureusement, cela ne suffira pas puisqu'il aura encore un long quatrième hiver à passer dans ces mêmes conditions pour terminer sa courte vie pulvérisé par un obus en avril de la dernière année ...


On lit aussi les difficultés d'approvisionnement et cette crise du beurre.
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14 février 1917


Papy-Louis a pourtant bien froid à l'école et surtout sur le chemin de l'école mais il est un élève assidu et sérieux:

"Louis est toujours bien portant et bien studieux aussi de jour en jour je m'aperçois qu'il fait des progrès et son professeur en est bien satisfait.
Tout le temps dur qui s'écoule ne l'empêche pas d'aller à l'étude, mais les pieds et les mains souffrant du froid amènent les pleurs qu'il sèche le soir auprès du feu. C'est bien sûr que ces pauvres enfants  n'ont pas chaud en classe, mais l'idée des devoirs leur fait oublier le mal"     .... (impressionnant non ? )
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Difficile de garder espoir :

"Que de peines chacun à sa façon et encore comment entrevoir l'avenir, c'est à peine si l'on ose se poser cette question car la vie semble devenir de plus en plus pénible. Que de pauvres malheureux soldats souffrent aussi d'un froid comme il s'en passe, espérons toujours voir la fin de ce terrible fléau plus vite que tout ne le fait prévoir.

J'ai reçu des nouvelles de Joseph il y a une huitaine, il disait avoir été retardé à écrire par les voyages qu'ils étaient obligés de faire dans la neige et par le grand froid ce qui n'avait rien d'agréable, mais ne se plaignait pas trop de la santé, heureusement pour lui. "

Il est vrai que nos poilus ne se plaignaient que très rarement auprès des familles pour éviter de les inquiéter plus encore...
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15 février 1917



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Ce froid persistant n'est même pas mis en avant mais on se préoccupe de la maison et des conditions de survie de la famille .... :

"...je vois qu'au pays il ne fait pas chaud non plus. Il faut chercher si loin en arrière pour retrouver le même temps. Je ne doute pas que la gelée ait fait du tort à beaucoup de choses."

Toutefois, les conditions de vie au front sont décrites de manière assez précises pour se douter quelles ne sont pas faciles :

"Quand à savoir qu'il n'a pas fait chaud, on s'en est aperçu ... la nuit c'était juste pour se réchauffer. Le lit n'est pas aussi garni ... puis quelquefois, on est obligé de changer de "chambre
 à coucher". toutes ne ne valent guère mais il s'en trouve de meilleures les unes que les autres."

Curieusement, ils avaient tellement pris l'habitude de vivre sous terre, qu'ils s'y trouvaient mieux que dans des bâtisses en ruines !

" Fin janvier et début février, on vivait dans les bois, c'était assez facile de se chauffer, après on vint passer  quelques jours dans un village évacué, moitié démoli, il n'y avait plus de bois, pas de permission pour en prendre, les chambres pas closes assez pour résister à une pareille température, ce ne fut pas le rêve. Maintenant, de retour dans les bois, il fait meilleur.
Ainsi, je t'écris pendant ma faction qui commençait à 9 heures pour finir à minuit. Je suis dans l'intérieur d'une cagna, d'un abri si tu veux, où il y a une petite cheminée que l'on tâche d'amuser le moins possible.
cagna
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On peut supposer en effet qu'il ne fallait pas montrer de signes de vies...

"Il n'y fait pas mauvais, notre intérieur n'est pas grand pourtant on y couche six. On a chacun sa couchette, elles sont placées les unes au dessus des autres ..." 

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20 février 1917

Les deux frères survivants s'écrivent toujours les mêmes mots d'impatience :

"La seule chose qui nous serait agréable serait la fin de la guerre mais combien de temps faudra-t-il encore attendre ? "

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20 février 1917

Les deux belles-soeurs cherchent à s'approvisionner en beurre.

"... Ce que je voudrais te demander, si tu serais dans la possibilité de m'en fournir car cette maudite taxe a fait à Mazé comme un peu partout; les bonnes femmes de font point de beurre ou du moins ,e le portent plus ni au marché ni chez les épiciers et l'on a beau s'en occuper dur, il n'y en a jamais. C'est vraiment bien embêtant. "

Il se trouve que la belle-soeur, qui, avec beaucoup de mal arrivait à gérer la petite ferme seule et possédait une ou plusieurs vaches, faisait son beurre. Elle le vendait plus suite à cette taxe et on verra plus loin qu'elle a réussi à approvisionner Papy-Louis et sa maman.
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26 février 1917

Attendre, toujours attendre pour revoir les siens, quand ce ne serait que le temps d'une hypothétique permission !

"Moi, je ne vois pas mon tour de permission arrivé, il me faudra encore attendre environ deux mois, peut-être que d'ici-là la guerre sera terminée ou elles seront supprimées..."
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La météo semble montrer la fin de l'hiver qui a été si difficile ...

"Il fait beau temps à présent, la neige est fondue, le dégel vient peu à peu car il reste encore de la terre gelée bien qu'il ait fait un peu de pluie. Maintenant c'est du brouillard ou une gelée blanche le matin."

Difficile de lire "il fait beau à présent" quand on imagine les conditions de vie, de logement, de toilette, l'habillement etc... Quel moral !
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27 février 1917

Les deux belles-soeurs ont enfin trouvé un moyen pour que Papy-Louis ait sa tartine en rentrant de l'école ...

"Le filleul me charge de dire aussi merci à marraine car de son côté il se trouve heureux d'avoir sa tartine de beurre en arrivant de l'école surtout venant de chez marraine, il lui a fait honneur dès le soir."
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L'hiver semble enfin sur le déclin, ne dit-on pas "Même le plus dur hiver a peur du printemps"

"Le temps est plus doux, que ces pauvres hommes doivent être fatigués d'une aussi pénible vie, espérons que la fin approche plus vite que l'on ne le croit."
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"Tonton André (l'oncle de Papy-Louis) , qui est prêt d'arriver en permission, nous serons bien contents de l'avoir avec nous 9 jours au lieu de 7, il gagne deux jours par sa décoration."

Il est probable que ce soit cette magnifique citation qui lui a fait obtenir ... deux jours de permission supplémentaires .... (voir les médailles et décorations en cliquant sur la vignette)
citation ANDRE 1916
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