1914   -  Pupille de la Nation   - 1918

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- Album Mon Oncle Désiré -
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1917 - Janvier  :  Correspondances
Replaçons ce premier courrier dans son contexte : Ma grand-mère (la mère Papy-Louis) écrit à son beau-frère René ( Désiré qu'ils appelaient par le deuxième prénom : Joseph, frère de feu son mari, décédé dès le premier mois de la guerre) vient de perdre également son père qu'elle a soigné jours et nuits depuis de longs mois. Il est de rigueur, à l'époque de marquer son deuil aussi par le type de papier à lettre envoyé (marqué d'un liseré noir, d'ailleurs les enveloppes étaient identiques ). Ma grand-mère utilisera ce type de papier jusqu'à la fin de la guerre. Elle explique dans son courrier qu'elle a eu la chance d'avoir la visite de Désiré Joseph accompagné de la femme de René (Désiré qui décèdera sous un obus en avril 1918) mais n'a pas eu le coeur à aller rendre de visite pour le nouvel an qui est devenusi triste pour elle... Dasn le contenu de la lettre on voit également que grâce aux conseils de ses beaux-frères, elle fait des démarches pour essayer d'obtenir des aides et des pensions mais, comme aujourd'hui, on y lit que les pots de terre restent les pots de terre ....
Courrier 9 janvier 1917
Mazé le 09 janvier 1917

Mon cher frère,

J'ai reçu ta lettre et carte voilà quelques jours et je te dis ainsi que Louis un grand merci de tous ces bons souhaits. Sur ta lettre tu me donnais un petit espoir de te voir à Mazé ces jours derniers, mais l'attente a été vaine et ne sais si tu as eu ta permission, peut-être as-tu eu quelques heures à passer avec Joseph, car il me semble qu'il repartait dimanche soir, c'est bien ce qui me faisait croire que tu n'aurais guère le temps de t'absenter.
J'avais eu, comme tu dois le savoir, le plaisir de voir Jeanne et Joseph, le premier janvier, mais l'entrevue a été courte et n'avons pas eu le bonheur de se dire bien des choses; espérons que plus tard, une fois chacun rentré, nous serons plus longuement ensemble, mais le jour de l'an qui autrefois était jour de réunions et de réjouissances, n'est plus ainsi depuis cette malheureuse guerre et pour moi c'est plutôt, tu vas bien le comprendre, un jour de tristesses et souvenirs pénibles; donc ne t'étonne pas si je n'ai sorti de chez moi pour me réunir.
Les chagrins ne s'effacent pas de si vite, surtout dans de telles circonstances. J'espère mon cher René que tu as été heureux dans ces jours de nouvelle année d'aller faire un petit tout à la Monnaie, mais la permission est bien courte et Jeanne se trouvera encore seule. Ces jours,-ci, tonton Louis doit être avec elle, il me disait dimanche qu'il partirait lundi et s'en reviendrait mercredi, ce qui rendra service à la petite sœur.
Je t'avais dit aussi que j'avais récris à Paris donnant les renseignements qu'ils demandaient afin de présenter mon dossier, c'est probablement ce qui a été fait, car hier j'ai reçu une carte lettre me disant que puisque la situation militaire n'avait pas été déclarée et faute de n'avoir pas pris l'engagement de payer la surprime imposée pour être couvert du risque de guerre, le décès entraîne résiliation de la police sans qu'aucune indemnité puisse être versée par la société aux ayants droits.
Je n'ai comme tu le vois rien à recevoir et la somme versée est à rayer, voilà bien des sociétés, connes à prendre et c'est tout, je n'ai p lus qu'à me tenir tranquille, mais qu'ils ne viennent pas me réclamer un sou. Au revoir Ernestine . Louis embrasse bien dur son tonton René. 

Autre carte, illustration du poilu qui, de passage en permission, transmet des poux à toute sa petite famille, y compris au chien et au chat !

Le pauvre poilu qui passe si peu de temps près des siens et qui n'est vu que comme le vecteur de transmission de vermines alors qu'il doit repartir en enfer  ....

Elle est envoyée à René par son beau-frère le 20 janvier 1917 et dit :" Je vous envoie cette carte pour passer vos ennuis, si vous en avez ..."
carte poux poilus 20 janvier 1917
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Puis cette lettre de Désiré à René, le 21 janvier 1917 contenant des banalités mais échanges oh combien nécessaires pour garder contact avec le réel, la famille ou ce qu'il en reste 2 ans et demi après le début du conflit ... Il ne montre pas ou que si peu de signe de fatigue, de peur ou d'épuisement comme cela pourrait être le cas ! Il retourne au front, dans la neige.... et à cette période, comme on le lit en signature, il est "signaleur" ce qui pourtant devait être dur et éprouvant sans parler du danger permanent, qui  plus est, souvent en première ligne ! 
courrier du 21 janvier 1917courrier du 21 janvier 1917courrier du 21 janvier 1917courrier du 21 janvier 1917
 21.1.1917
Cher frère
J'ai été heureux de recevoir ta lettre hier soir. Aussi, je ne tarderai pas de plus pour te faire réponse. En arrivant de permission je t'avais écrit ainsi qu'à Jeanne et à Ernestine. j'ai reçu des nouvelles d'Ernestine avant que ma lettre fut rendue. elle me demandait ce que devenait le frère à Charlotte qui paraissait l'oublier depuis un moment. J'ai fait mon possible pour la renseigner il n'y avait rien de grave. Avant hier j'ai eu une lettre de Jeanne qui me disait le peu de chance qu'ils avaient eus l'oncle Louis et elle à travailler après le bois. Heureusement que l'on dit ces petits accidents pas graves le pire c'est que le travail a été arrêté de ce fait Jeanne dit aussi avoir été obligée de faire un peu de démarches pour pouvoir vendre son veau. C'est la dèche ces histoires et les gens qui ne veulent rien faire pour les éviter. Quant à toi rien de bien nouveau la santé se maintient toujours aussi bonne et la vie étant la même qu'avant notre entrevue. Le camarade que tu m'avais parlé n'a pas eu de chance. Jeanne ne m'a pas parlé de la maladie à Euphrasie. Elle me dit que le père Suzanne serait plus mal de ce froid là . J'ai peu de choses à tee faire part le rhume dont je te parlais n'a pas eu de suite. C'est assez étonnant d'un temps pareil car il y a de neige sur la terre depuis mon retour ce qui ne l'empêche pas de tomber souvent pour l'entretenir. Il fait froid encore assez ce qui ne convient pas au genre de vie que l'on mène. Espérons vite sur une meilleure saison ainsi que sur de meilleurs jours aussi .
D'ici peu j'espère avoir plus de temps et plus d'aide pour t'écrire donc plus de détails. Je termine ma lettre en te souhaitant le bonjour une bonne santé en attendant la prochaine réponse avec plaisir reçois les meilleures amitiés de ton frère. Désiré M Signaleur avant 6ème bataillon 335ème régiment secteur postal 94

Le 23 janvier 1917 de Jeanne à René
courrier 23 janvier 1917 Jeanne qui est seule à entretenir la ferme, se fatigue et attend avec impatience la fin de cette guerre.
"la fin de cette terrible guerre qui ne vient pas... pour vous voir rentrer à la maison", et, malgré tout "on espère toujours" mais "on s'ennuie depuis assez longtemps et voir que des blessés et des morts ... les deux frères Jubeau qui sont avec Joseph sont blessés, celui du bourg, plus grave : trois blessures et un de Sarrigné qui est tué" .
La météo qui est de part et d'autre une sujet d'importance "depuis huit jours un froid noir, il tombe du grésil, le temps a l'air de se mettre à la gelée"
Et puis la solitude pèse " je ne t'oublie pas bien au contraire, je trouve la séparation bien pénible, nous avons pourtant bien le temps de l'être " (je suppose qu'elle fait référence à la séparation définitive, cette épée de Damoclès permanente)  .
Elle essaie malgré tout de s'automotiver " tu ferais sans doute mieux mais je crois que je fais de mon mieux, il nous faut bien du courage et pourtant on nous dit que c'est cette année que ça doit finir, il n'est pas trop tôt, 3 ans ça commence à voir son monde bien malheureux, dans la neige, la boue à y geler.... Il ne faut pas y songer et rien dire , il faut espérer du courage et surtout pas oublier le maitre de tout, jamais je prierai assez pour t'avoir en bonne santé, ta Jeanne qui t'aime  "  
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Témoignage d'un cousin convalescent adressé à René le 27 janvier 1917
courrier 1917 janvier 27 courrier 1917 janvier 27
Quimper le 27 janvier 1917
Cher Cousin
Sans plus de retard, réponse à votre aimable carte lettre que je viens de recevoir qui m'a fait grand plaisir d'avoir de vos nouvelles et de vous savoir en bonne santé, il en est de même pour moi. Jusqu'à ce moment, je me trouve assez bien depuis que je suis de retour au dépôt, je n'ai pas fait bien du boulot mais toujours assez pour ce que l'on y gagne. Mais je ne sais pas si cela va durer voilà mon mois d'inaptitude finit
et je repasserai la visite à la fin de la semaine prochain, je verrai ce que le toubit me dira.
Je ne suis pas encore bien solide sur ma jambe pour faire des marches mais il faut des hommes et le dépôt n'est pas bien fort à mesure qu'il y a 15 ou 20 hommes de près directement sur le front.
Enfin je ne me plains pas je tire encore une partie de l'hiver à l'abri, je plains les pauvres malheureux qui sont aux tranchées d'un temps pareil c'est terrible de ne pas en voir la fin, s'il n'y a pas de perte par le feu, il y en aura certainement beaucoup qui auront les pieds gelés.
Ici depuis plusieurs semaines il a gelé assez dur et ces jours-ci il a tombé un peu de neige et il y a du verglas à ne pas pouvoir marcher sur les routes.
Comme pays, il n'y a rien d'épatant c'est plutôt moche, ça ne vaut pas Paris, ça ne fait rien j'y passerais encore bien le reste de la guerre.
Rien de plus pour le moment.
Recevez cher Cousin mes meilleures amitiés.
Je termine en vous serrant cordialement la main M. JB
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Courrier entre entre deux belles-soeurs, l'une déjà veuve, l'autre isolée dans sa ferme, en date du 28 janvier 1917 - La vie seule à l'arrière.
Il fait très froid en ce mois de janvier 1917 et les femmes sont seules pour assurer le travail des exploitations et s'occuper des animaux. Elle ne trouvent personne, aucune femme et encore moins un homme pour les soulager dans leur travail, à la campagne, elles subissent toutes le même sort. Dans la lettre précédente du 23 janvier, on apprenait que l'oncle avait pu aller rendre service et qu'ils avaient eu un accident en faisant du bois. On apprend par celle-ci qu'ils s'étaient s'étaient blessés tous les deux .... peut-être une chute de branche ou un coin ou un outil qui aurait "volé" en fendant du bois !
Les enfants n'ont pas la chance d'aller à l'école en voiture ou en bus..... c'est la marche à pieds et il fait si froid qu'ils en pleurent de douleur (Papy-Louis avait 7 ans et faisait ces trajets à pieds)
Ces femmes seules ne peuvent que s'apitoyer et plaindre les poilus qui doivent avoir les pieds gelés dans la neige ....
courrier 28 janvier 1917 courrier 28 janvier 1917
Mazé le 28 janvier 1917
Ma chère 
sœur,
J'ai bien reçu ta lettre et je suis heureuse de te savoir bien portante et guérie de ton accident; par bonheur le coup n'a pas été bien cruel et la blessure s'est assez promptement guérie; tu as bien besoin d'une bonne santé avec de la besogne comme tu as et des temps aussi rigoureux ne doivent pas te rendre service pour ramasser la pension à tes animaux, il faut aller voir aux barges et comme elles diminuent déjà fort ça va être encore le reste. Tout cela est bien embêtant car la saison du froid peut encore durer longtemps. Depuis plusieurs
années nous n'avions plus de ces temps dur, ce qui nous surprend fort car ces jours-ci il fait froid à ne pas tenir dehors, ce qui ne m'arrange guère car la santé n'en est pas meilleure. Je ne sors guère de la maison aussi je ne sais ce que devient tonton Louis, je n'ai pas pu aller le voir, mais cette semaine j'ai vu René Bertrand qui m'a dit que la plaie était mieux seulement comme toujours il ne faudrait pas s'efforcer à travailler et l'oncle ne veut point entendre de cette oreille là. Enfin j'espère que tous ces accidents vont se rétablir et s'il faisait plus chaud ça irait mieux. Tu me demandais si je connaissais une compagne ou un compagnon mais je n'en vois point dans le pays, ce doit être encore difficile à trouver et surtout convenable, c'est bien ce qu'il te faudrait pour t'aider et t'empêcher de t'ennuyer, tâche donc de trouver tu serais plus tranquille. J'espère que René va toujours bien, je n'ai aucune nouvelle de lui, il doit avoir froid aux mains comme les écoliers, c'est ce qui arrive souvent au filleul, il revient de l'école tout en pleurs tant il a froid aux pieds et aux mains, ce n'est pas surprenant que ces pauvres enfants gèlent, car les grandes personnes ont bien peine à s'échauffer et comment font donc tous les malheureux soldats, que de pieds gelés il va y avoir cette année encore, il doit sûrement y avoir bien haut de neige dans leur pays. Tout cela est bien triste. Je souhaite le bonjour à Euphrasie et
courrier 28 janvier 1917
j'embrasse bien fort toute sa petite famille qui doit aussi avoir grand froid à aller à l'école, mais les chemins sont bien sûr secs, la boue est ramassée.
Je vais te dire au-revoir ma chère sœur et t'embrasser de loin. Louis aussi envoie ses meilleurs baisers à sa chère marraine qu'il est bien privé de ne pouvoir embrasser. Je te quitte et Bonne santé. Ernestine.




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