1914   -  Pupille de la Nation   - 1918

RETOUR PAGE PUPILLE DE LA NATION

RETOUR AU SOMMAIRE DU SITE     France   RETOUR AU PLAN DU SITE

- Album Mon Oncle Désiré -
précédente                            RETOUR PAGE ALBUM ONCLE DESIRE                        suivante

1917 - Juin   :  Les Etats-Unis débarquent en France, la révolution Russe s'étend et en France, les grèves s'intensifient. (les poilus en parlent dans leurs courriers ci-dessous). La vie continue à l'arrière  (Publicité - annonce, comme on disait - pour les pneumatiques Goodrich.

COURRIERS :
1917 Courrier Site Papy-Louis

Dimanche 3 juin 1917

Chère sœur

C'est hier soir que j'ai reçu 

ta lettre du 27 mai. J'ai été

content d'avoir de tes nouvelles.


__

… J'ai écrit 

à René en même temps qu'à 

toi en arrivant, je n'ai pas 

vite réponse encore.

__

… Je souhaite qu'il réussisse à 

venir en permission.

__

… Il fait toujours

beau temps depuis mon départ. 

Tu as pu semer tes pois et 

le travail ne doit pas vraiment 

manquer quand même.

__

… Desbois était mort ces 

jours-ci. Jubeau est venu 

remplacer en permission son 

cousin Meslois. Al.dre Leroyer 

se fait attendre de jour en 

jour il faut espérer qu'il 

arrive à venir tout de même.

Il me reste à te remercier pour 

la lettre que j'ai reçue après 

mon départ et que tu as joint 

à la sienne. J'ai retrouvé le 

camarade qui me l'avait 

envoyée et qui m'a fait part 

d'autres nouvelles plus fraîches.

Pas grand-chose depuis que 

je suis ici, toujours la même 

vie aussi bête qu'auparavant. 

La santé va à peu près, le 

cafard se passe aussi car si 

la permission fait plaisir, 

le retour est dégouttant. Je vais 

donner des nouvelles à 

Ernestine, je ne lai pas fait 

encore, le courage fait défaut 

par moment.

Désiré.


On peut constater que les seuls liens avec la vraie vie, passent par le courrier  ! Pas étonnant que le ministère de la guerre a privilégié cet acheminement réciproque afin de préserver le moral des troupes.










L'autre élément est bien sûr les permissions, même si, comme le lira en bas de lettre, les retours sont plus que difficiles...








Les femmes sont au travail dans les campagnes et que faire d'autre que demander quel est l'avancement des cultures et donner des conseils ...







Les nouvelles ne sont pas toujours les plus gaies et contiennent souvent l'annonce de décès ! 3 ans que cela dure et ce n'est pas fini !
























Nos poilus donnent souvent des nouvelles rassurantes même quand ils connaissent l'enfer ou sont malades ou blessés mais ils préfèrent quelquefois se taire quand le moral est au plus bas, sachant qu'ils ne pourront le cacher ...






On lit ici combien il est difficile de retourner au front et reprendre une place qu'on aimerait tant laisser pour toujours !
1917 courrier site de Papy-Louis

Mardi 5 juin 1917

Cher frère

Je viens de recevoir hier soir ta

lettre du 31 mai.

__

… André

Choplin est passé te voir en

retournant, peut-être que c'était

son chemin. Ma permission passée

il ne restait plus que les haricots

à ensemencer, maintenant c'est

chose faite. Le travail ne manque

pas pour cela et ta permission

serait bien accueillie. Ce n'est

pas que le plaisir d'y aller te

fait défaut mais il y a plusieurs

raisons qui ne seront pas des

obstacles, espérons-le. La santé

va en s'améliorant, le tour

de rôle restera ce qu'il fut déjà

autrefois, les midinettes et

grévistes vont se calmer. Alors

vous seriez remplacés par les pères

de 5 enfants ou vieilles classes. La

question de grève n'attardera

pas de trop vos permissions du

reste il y a peut-être des gens

intéressants parmi ce populo

mais leur souffrance ne soulage

pas celle des autres, si encore

l'affaire nous procurait la fin

plus vite mais je ne le crois pas.

On récolte toujours ce qu'on sème.

J'ai reçu une lettre de Jeanne

avant-hier.

__

… Le travail quasi

forcé avec cet état de choses qui ne

change jamais deviennent lassant

une petite grève serait peut-être

salutaire tout au moins elle

aurait l'avantage de procurer du

repos. Comme nouveauté au

pays, A. Leroyer se

faisait désirer ayant été retardé

de quelques temps, il est rendu sans

doute maintenant. Depuis mon

retour de permission je soigne

mon cafard qui doit disparaître

bon gré mal gré. Enfin pour

la santé je n'ai rien à désirer.

Je termine ma lettre te souhaitant

une prompte guérison avec le

bonheur de voir ta permission

au plus tôt. Encore une fois

bonjour et bonne santé en

attendant le plaisir de te lire

bientôt, les meilleures amitiés

de ton frère . Désiré.

Signaleur au

6ème Bataillon 335ème Régiment

secteur postal 156







Toujours et encore s'écrire, se rassurer , prendre des nouvelles, essayer de passer se voir lors des allers ou retours de permissions, conseiller et aider pendant les permissions voilà ce qui les tient.




















Voici un nouveau passage dans lequel il est question des grèves.

(pour l'instant seuls les mouvement des midinettes des ateliers de couture semblent être connus des poilus au front).




Pendant ce temps, on essaie de mettre des anciennes classes (comme René au service "plus actif" en rappelant de plus vieux encore ainsi que les pères de familles très nombreuses ( plus de 5 enfants ... que de pupilles de la Nation en perspective ! )





Et puis, comme si dans l'esprit des soldats, cette idée de révolte faisait son chemin. Pour l'instant plus à cause de la lassitude.
1917_06_courrier site Papy-Louis

Corné le 10 juin 1917

Mon cher frère,

J'ai été contente de recevoir de vos

nouvelles car en ce moment-ci on est

content d'avoir des nouvelles de ceux

qui nous intéressent, car je vois que cette

malheureuse guerre ne va pas encore finir

cette année, c'est désolant, il paraît

qu'à Angers il y a eu du tumulte aussi,

manifestation vendredi, tout le monde

est bien las de tout cela. Il faut

s'attendre à une mauvaise fin.

... Enfin, il faut tout endurer, mauvais

temps, maladie, ennuis. Auguste

est bien ennuyé de cette guerre aussi.

... Si la guerre finissait seulement et

qu'Auguste aurait le bonheur de revenir

il n'y aurait encore que demi-mal

mais ça n'y est pas.

...Car voir tant de travail et moi, être là

et Auguste là-bas, bien exposé d'y

rester, mais je suis bien décidée

qu'à la Toussaint si ce n'est pas

fini, je ne fais pas rensemencer

avec tout cela, ça devient plus coûteux

que ça rapporte.

...C'est tout de même triste d'être forcé

de partir comme il me l'a fallu et tout

laisser sans maître,

...Enfin, vivement la fin de la guerre

car tout cela ne m'aide pas pour guérir

Allons mon cher frère, meilleure santé

et bonne chance , prompt retour.

...Je termine en vous embrassant

ainsi que vos petits neveux

Votre sœur qui ne vous oublie pas.

Irma.


Une belle-sœur qui, elle aussi a son mari (Auguste à la guerre), donne des nouvelles à loncle René.

Evidemment, c'est toujours la désolation à propos de la durée du conflit.








Et puis on apprend ici que même à Angers, des manifestations existent en ce début juin 1917.






Quelle résignation !





La peur est là pour les siens, bien-sûr...






On imagine évidemment le pire !











Des moments de découragement.



Et enfin une note d'espoir.
1917_06_Courrier Site de Papy-Louis

Mazé le 16 juin 1917

Mon cher frère,

C'est un jour heureux

pour moi de recevoir des

nouvelles, aussi hier c'était

double, car j'avais la

lettre de tonton René

et d'un autre côté le

bon beurre envoyé par

marraine.

__

… Il ne

faut pas avoir les idées

toujours fixées sur la même

chose, car ce serait à y

perdre la tête et ce serait

le reste des malheurs.

__

… J'ai reçu

des nouvelles de Joseph les premiers

jours, il va bien, André

est toujours bien aussi et

il préférerait être à nous aider

__

…. Chez tonton Louis, sont

comme tous bien tourmentés

pour leurs travaux et

guère de journaliers pour

aider, mais c'est la mode

en campagne.

__

… Enfin que veux-tu, c'est la guerre !

__

… Je fais un peu de

besogne, tu vois ça progresse,

espérons que ça va continuer.

Je termine, au revoir et à bientôt.

Ernestine

La mère de Papy-Louis à son beau-frère





Le courrier commence par des choses simples qui rapprochent, les correspondances et les services rendus par la famille, d'autant plus que ces deux éléments améliorent le quotidien de Papy-Louis, petit écolier orphelin de père d'à peine 8 ans...













Résignation ou auto-persuasion ? Dans les deux cas, c'est pour ne pas démoraliser l'autre et pour avancer soi-même, pour ceux qui restent et en particulier le petit Louis.








Encore des nouvelles et référence aux travaux des champs difficiles à assumer seules pour les femmes.








Il en est de même chez les personnes âgées qui n'arrivent plus à assumer.









Le point d'exclamation veut en dire long !



Malgré son opération du cœur et le décès de son père, elle doit  reprendre les tâches de l'exploitation avec sa propre mère ...
1917_06_Courrier Site de Papy-Louis

Mazé le 16 juin 1917


Ma chère sœur,

J'ai été heureuse de

recevoir tes deux correspondances

Ta carte s'est rencontrée

avec ma lettre qui te

demandait les nouvelles

que tu m'envoyais, aussi

j'ai été bien satisfaite

de toutes tes bonnes

nouvelles. Aujourd'hui

j'ai reçu de tonton

René, les travaux

l'attendent impatiemment.

__

… Puisque les grévistes

sont apaisés, ça va marcher

tout seul maintenant et

jusqu'à nouvel ordre.

C'est guère rigolo toutes

ces affaires-là et plus

tard, comment sera-ce ?

Il ne faut pas trop

y songer car ça ferait

perdre la boussole. Depuis

quelques temps ici les

causements de toute façon

redoublent, il doit bien

en être de même chez toi.

__

… C'est la guerre que

veux-tu faut espérer

que ça va se passer.

__

… En attendant le plaisir, je

vais te dire au revoir

et Louis s'unit à

moi pour embrasser

marraine.

Ta sœur toujours

bien affectueuse.

Ernestine.


Les deux belles-sœurs




La liaison postale est encore une fois primordiale ... pas de mail et pas de téléphone portable !















Inquiétude pour les travaux.








Il semblerait qu'il y ait eu une accalmie, peut-être quand les patrons des ateliers de couture ont lâché du lest et avant les autres grèves généralisées.















On voit bien que la rumeur entretient inquiétudes et mécontentement.







Veuve depuis 3 ans et prône l'espoir pour les autres , bravo.














Avec toujours un petit mot pour le petit filleul  futur "Papy-Louis"




1917_06_Courrier Site de Papy-Louis
Dimanche 24 juin 1917

Cher frère






J'ai reçu ta lettre vendredi

soir. Je l'attendais bien

depuis quelques jours te

sachant malade, je ne savais

ce que tu pouvais...


____
... La guerre est

pareille probablement car

jamais on en voit la fin.

C'est à se demander si même

elle viendra un jour. Depuis

qu'elle dure, c'est devenu une

habitude courante. Les uns

profitent, les autres souffrent etc

Je m'arrête là car Anastasie

sévit plus que jamais, je m'en

tiens là pour aujourd'hui. J'ai

reçu des nouvelles de Mazé où

la santé va de mieux en mieux,

le petit neveu est toujours

aussi bon élève. Jeannne m'a

écrit aussi, rien de particulier :

la santé se maintient, le

travail ne manque guère

surtout à cette saison.

Souvent le contentement

recherché après le travail

accompli ne se réalise pas.

On vous envoie des remplaçants

de temps à autre à ce que je

vois; des vôtres ont rejoint

le dépôt. Je te souahite de

tenir le plus longtemps

possible puisque c'est la

consigne. Quelle pétaudière et

à quand la fin. On vient de

lancer le canard que tu

connais sans doute. Une

petite permission de 30 jours

à ceux qui n'ont jamais

quitté la zone des armées.

Une nourriture pour le crâne

probablement l'avenir nous

l'apprendra. Je termine en

te souhaitant meilleure

santé, la guérison au plus

vite. Bonjour et les meilleures

amitiés d'un frère.

Désiré.
 


D'un frère à l'autre, entre soldats :

Prise de nouvelles car les conditions d'hygiène ont provoqué des lésions cutanées assez sévères à l'oncle René. De ce fait, il est consigné et ne peut bénéficier de ses permissions...












Puis, Désiré répète son impatience et sa lassitude; on peut même dire ici son découragement.




Quand ce découragement ne bascule pas à la révolte car les poilus se rendent bien compte qu'il y a deux traitements : les profiteurs et la chair à canon !

On constate aussi que la censure est présente (voir le lien Wiki ci-dessous  à propos d'Anastasia)

Anastasie_Wiki



Au passage, on a des nouvelles du petit écolier qui sera le futur Papy-Louis ainsi que de l'exploitation familiale qui pâtit de l'absence de bras !





















Ce passage parait bien pessimiste ...

Constat sur les mobilisations étendues à tous ou presque.












A cette période, il ne met pas la provenance du courrier, justement à cause de la censure mais il est soit du côté de Metz soit déjà dans la Somme et dans les deux cas, les combats sont violents et fréquents.


Malgré tou il arrive à se procurer la presse et en particulier le nouveau "Canard enchaîné" , interdit aux armées bien-sûr.

Il y lit qu'une permission exceptionnelle pourrait être accordée à des soldats comme lui (il vient de faire deux ans de service et 3 ans de guerre .... ) malheureusement il aura encore 9 mois à faire pour lâcher les armes, pulvérisé par un obus le 8 avril 1918 ! ...

1917_Canard
voir le site des archives du Canard pendant la guerre 14-18



Le 26 Juin, les premières troupes américaines débarquent à Sant Nazaire (44) .
1917_americains_arrivee Site Papy Louis
source personnelle de l'hebdomadaire l'Illustration 1917
1917 Papy-Louis 1917_Mur Papy-Louis 1917_Route passage americains Papy-Louis
Papy-Louis vers cette époque  (il avait 8 ans)
(voir l'album enfance)
 ... quelques années plus tard, (2008) nous asommes allés voir le muret (désormais cimenté) sur lequel il étais assis pour regarder passer les Américains. Une lueur d'espoir mais au milieu d'une certitude de ne plus jamais revoir son père. Étroite, cette route désaffectée ...
Il s'agissait pourtant, le bitume en moins, de l'axe principal qui reliait Nantes à Tours/ Orléans !
Aujourd'hui, ce délaissé est entre l'axe routier pricipal et l'autoroute...
C'est donc quelques jours plus tard, que Papy-Louis a vu passer ces troupes avec les chapeaux de l'Oncle Sam, assis sur le petit muret devant sa maison natale 



"ANNONCE"  (Extrait publicitaire issu de l'hebdomadaire l'Illustration du 02 juin 1917 - collection personnelle d'époque)

Publicité superposée d'un cendrier GOODRICH d'époque, conservé par ma famille

1917 Cendrier publicitaire Site Papy-Louis et Annonce Goodrich
Légende :
O miss Safety, enfant terrible et sage,

Vous pouvez afficher l'universelle image
Du bienheureux Pneuma, patron que l'on écoute
 
Quand il crie sans répit : «  Le maître de la route

Est le pneu Goodrich qui, seul, en sa beauté,
Offre à tous les chauffeurs la vraie sécurité ! » Xéna.
Société Française B.-F. GOODRICH, 221, boulevard de VALMY, à COLOMBEs (Seine)




haut


cultures alternatives