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1916 - Verdun : On ne passe pas !

Cette page ne se veut pas être une leçon d'histoire sur "les" batailles de Verdun, longuement développées par les sites spécialisés. Elle ajoute simplement un témoignage à l'Histoire.

Vous trouverez tout d'abord les liens pour visionner le reportage du 18 février 2016 (extrait du JT de 20H TF1)
 

Le replay sur lci/tf1 MyTF1 News
mais comme les liens évoluent, vous trouverez ci-dessous le contenu en local :
replay TF1 2016_02_18

Ci-dessous : Le reportage dans son intégralité (presque 40Mo)



Ci-dessous : Le reportage (uniquement la partie de l'interview - 18Mo)

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Aussitôt le sujet passé, alors que le nom du site n'a même pas été cité par la chaîne, vous étiez près de 300 à vous précipiter sur celui-ci ! Bravo 

(Les points verts : les internautes en ligne simultanément et les rouges, ceux qui venaient de couper la connexion.)  visiteurs

L'historique du 335ème régiment d'infanterie fait état de la participation du 335ème aux batailles de Verdun. En effet, comme beaucoup de poilus, ceux du 335ème iront y combattre pour permettre de relever les troupes de premières lignes durant les presque 11 mois que durera cet enfer.  

J'ai pu comptabiliser, parmi les décès déclarés sur l'historique du régiment, une soixantaine de poilus du 335ème; ceci au cours du premier semestre 1916, à Verdun même, sachant que je n'ai pas quantifié les décès sur les petites communes que je n'ai pas pu localiser. 

Si presque tous les régiments actifs y sont passés, pas étonnant que l'on puisse dénombrer autant de morts cette année-là : plus de 300 000 morts, français et allemands confondus et 400 000 blessés !

Mon grand-oncle, Désiré-Joseph, écrivait beaucoup mais, pour éviter la censure, ne relatait que peu les combats et ne donnait que très peu de noms de villes pour garantir l'acheminement de son propre courrier. Il apprend le Morse en janvier 1916 pour suppléer comme télégraphiste, ce qui le soustrait un peu aux tranchées et ce n'est pas pour lui déplaire...

Le mois de janvier a été très humide et les tranchées sont impraticables et donc elles sont à refaire toutes les nuits ....

16 janvier 1916 "Il ferait meilleur que dans les tranchées, c'est dégoûtant par ces temps de pluie, on ressemble à de véritables barreaux de terrasse. Il faudrait du temps sec ou ce qui serait mieux la fin de toutes ces misères ...."

18 janvier 1916 " ...les tranchées ne sont pas bien agréables, du temps qu'il fait. C'est de la boue partout, si cela gelait un peu, l'eau rentrerait..."

27 janvier 1916 " Par ce mauvais temps, les tranchées sont sales, on travaille toutes les nuits 7 heures de temps; on rentre d'un sale, plein de boue et il faut le voir pour s'en donner une idée ..."


Cette lettre qui suit montre combien il a fallu de courage pour raconter ces évènements sans dramatiser pour que la famille soit plutôt rassurée...Je n'arrive pas à savoir avec certitude si ce courrier ni daté, ni localisé, ni signé relate un passage à Verdun ou celui de Reillon de la fin 1915. Toutefois, malheureusement, la situation y était la même ... les mots font froid dans le dos.

 
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Quelques explications, comme je l'ai dit. Le mois d’août s'était passé aux avant-postes dans les meilleures conditions. Nous fûmes relevés pour le premier septembre. Le reste du mois se passa au repos c'est encore façon de dire car c'était le travail aux tranchées de deuxième ligne. Mais enfin c'est le meilleur temps, la nuit entière nous appartient, c'est une vie plus réglée bien qu'il reste encore la menace des grosses pièces, le chantier se trouvant sous la ligne de feu. Vers la fin de septembre, nous fûmes alertés, déplacés de notre secteur pour un endroit où l'on pouvait facilement être transbordés, c'est ce qui arriva. Après le départ de notre ancien secteur, nous fumes bien entendu remplacés par d'autres régiments. L'objet de notre alerte, de notre déplacement fut d'abord une instruction intensive à outrance : marches, contre marches, manœuvres etc. Malgré cela je garde le meilleur souvenir de ce pays-là. On était loin de la ligne de feu, on y trouvait ce que l'on voulait, il est vrai que c'est à
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proximité d'une grande ville. Malheureusement le séjour ne fut pas de longue durée, une dizaine de jours puis, un beau matin, nous fumes avisés d'un départ pour une direction inconnue, comme toujours. On prit le train pour un voyage qui ne dura que quelques heures. En débarquant, c'était pour ne pas changer, la voix du canon mais assez loin quand même. De là, on nous amena dans une forêt où on y resta environ huit jours, campés sous la tente, c'est une maison qui n'est pas spacieuse ni confortable mais contre mauvaise fortune il faut faire bonne figure.

Mais peu à peu on s'approchait du canon, enfin un beau jour, le dimanche 17 seulement, notre arrivée à la grand'garde, un village détruit fut saluée par une salve pas de bravos mais de coups de canon. Il y eut malheureusement à déplorer la mort d'un camarade puis trois ou quatre blessés. Le soir la nuit venue, on poussa jusqu'à la première ligne relever des régiments qui avaient été éprouvés quelque peu. Ils avaient résisté et
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lutté pendant trois jours. La relève se fit bien sans difficultés, la nuit se passa de même.

La journée du lendemain le lundi s'écoula pas trop mal en ne tenant pas compte des échanges que les artilleries faisaient qui passaient sur nos têtes; quelquefois il en était destiné pour nous aussi mais il n'eut pas trop de casse. Le soir on se mit à manger la soupe seulement on fut prié de la part des boches de ne pas tarder trop. C'est à dire que ces messieurs s'étaient approchés et nous tiraient des coups de fusil sur nos tranchées, on vit ce qu'il nous restait à faire. Mais le signal de leur fusillade fut aussi le signal du déclenchement de leur artillerie.

Alors on encaissa pendant un certain temps que je ne peux évaluer, on ne songeait pas à la notion du temps. Ce que je puis dire cela dégringolait d'un train sur nos tranchées, toute la ribambelle de 77, 88, 105, 150, 210. Enfin les pauvres tranchées écroulaient de toutes parts et plus triste encore il y avait des morts et des blessés.
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A mon escouade il y eut trois morts et deux blessés mais un de ces blessés mourut des suites. De sorte que l'on restât après trois hommes et le caporal. Cette attaque avait duré jusqu'à minuit et demi le temps ne nous avait pas duré bien qu'inutile de dire que ce n'avait rien d'agréable. Enfin vers trois heures ces cochons contre-attaquent mais ce ne fut pas grave ni terrible. Le reste de notre séjour se passa assez bien , il se passerait mieux encore sans l'artillerie car sur ce terrain les trous d'obus ne sont pas distants les uns des autres c'est un vrai champ de guéret. Après être passé une quinzaine de jours dans ce trou d'enfer, on nous releva puis ce fut le retour à notre lieu de départ primitif certainement sans regrets aucuns. On ne peut rien dire de l'avenir seulement depuis le début je n'avais vu pareille affaire. Il faut toujours vivre sur l'espoir on dit aussi que la guerre est bien grande ou il ne reste rien on tente sa chance, je ne regretterai pas le mois dernier.

Le 335ème RI est resté à Verdun quarante-et-un jours. Il a énergiquement participé à l’organisation de la défense en deuxième  position. Ce séjour lui a coûté, en plus des tués, près de 200 blessés. (extrait de l'historique)

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