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É M I L E   J O U L A I N     dit    "L'Gâs Mile"

Quelques mots sur Emile Joulain
Caus' toujoûs' Gâs Mil'  : Le centenaire de sa naissance en janvier 2000
Les fill's d'la Loére 
Ein' politesse : histoire de clocher 
La chanson dés joueux d'boul's 
Les boeufs
L'temps des Avents
Lettre au p'tit gars d'Anjou - On sait-y ?             Expressions de Loire 2017
 Phormacien - Lise Laurent-Martin

Vous trouverez de nombreux extraits sonores en milieu de page extraits

Papy-Louis, de 9 ans son cadet, était également au pensionnat Saint-Joseph, Emile avait déjà un beau "brin de plume". L
ui était déjà adolescent et Monsieur Peyre, notre instituteur nous lisait ses poèmes. J'ai retrouvé quelques 70 ans plus tard dans un article du Courrier de l'Ouest, pour lequel Emile était journaliste correspondant, le texte suivant :
Emile_Joulain_Primaire Papy-Louis, lors de sa dernière année au pensionnat Saint-Joseph, fréquenté quelques années plus tôt par Emile.
Photo en présence de Monsieur Peyre (à gauche).
St_Joseph_Site_de_Papy_Louis


Émile Joulain a également été un fervent du cinéma. Il avait compris très tôt qu'il s'agissait d'un art à part entière.  C'est au patronage que nous avons vu les premiers films muets de Charly Chaplin; Émile était au phonographe pour agrémenter les séances et créer le fond sonore. Les premiers autres films étaient "Double pattes et Patachon" ou "les croisades"... Puis le cinéma en salle vit le jour dans la commune, le "Celtic", pour disparaître beaucoup plus tard, vers 1975.
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Le patronage a été, avant tout, le lieu où il s'exprimait en public et physiquement. En effet,  les pièces de théâtre étaient de coutume et les spectateurs venaient des communes environnantes  et par fois de loin, souvent à bicyclette, même en hiver pour assister aux représentations dans la grande salle chauffée par un poêle à bois et charbon, porté au rouge, pour accueillir les gens transis. 

C'est ainsi que, jeune, il jouait mais aussi mettait en scène et cela a duré tout le temps de l'existence de ce patronage, c'est à dire jusqu'à 1965 environ. Il entraînait dans son sillage avec une équipe de "joyeux drilles" toute une population, des plus anciens aux plus jeunes;  je pense que mes cinq enfants ont dû participer à au moins une de ces représentations. Il a donc joué des vaillants "Lagardère" mais aussi des "malade imaginaire" , "Jean Valjean" , "Michel Strogoff" .... y compris des "Bossu" à l'âge où le dos voûté lui a permis d'interpréter le rôle sans artifice dorsal. (voir biographie)

Émile Joulain a longtemps été correspondant pour le Courrier de l'Ouest et , une fois par an, à l'occasion de la nouvelle année, il écrivait une page entière consacrée à tous les commerçants et artisans de la commune sous une forme humoristique et en patois angevin, il "piquait", "caricaturait" chacun d'eux avec un sens de l'observation qui lui appartenait. Ces portraits étaient accompagnés d'une photo ancienne commentée.

voeux Emile JoulaiN

voeux Emile JoulaiN

Noël 1981

Dans celle qui suit, il questionnait les lecteurs pour retrouver des gens qui posaient sur la photographie.
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voeux Emile JoulaiN

La photo a d'ailleurs été prise juste en face de la maison de mon Oncle André que j'ai habitée pendant la guerre 14 et, au fond, celle de ma future femme, fille de Narcisse, décédé de la grippe espagnole en 1918.





Ma tante y a reconnu son futur mari ( l'Oncle André). (voir la réponse d'Emile à ma grande tante sous la photo).  Elle lui en avait fait part, ce qui leur avait donné l'occasion de communiquer alors qu'elle n'habitait plus dans la région.
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Correspondance_Emile_Joulain_Site_Papy_Louis Mazé le 31 Décembre 1982


Chère Madame et Amie,


Merci de votre bonne lettre. Je puis dire
que cette fameuse carte postale illustrant la
publicité de Noël de Mazé a eu beaucoup
de succès : j'ai reçu plusieurs lettres me donnant des détails sur les personnages qu'elle représente et
maintenant je les connais tous.



Les deux cycliste du milieu sont bien votre mari
et Martial Breton, mais celui le plus proche de
la berme n'est pas, comme vous le croyiez Narcisse
Bourneuf mais Marcel Flosseau. Quant à celui de
droite, ce serait un de leurs camarades, Bédin
que vous n'avez sans doute pas connu et qui fut
tué, comme Martial, à la guerre 14-18.



Le petit garçon, sur le trottoir est Raoul Lafay et
sa sœur, à côté de lui. Le cycliste au 1er plan est
Daniel Daniau, dont la mère était chef de gare à
Mazé. Près de lui, un garçonnet qui habitait, parait
il, sur la place. Ainsi, c'est tout le vieux Mazé qui
ressuscite et je vois avec plaisir, ma chère Odette,
que vous y êtes toujours attachée.




Le pète avait raison,
"Objets inanimés, avez-vous donc une âme
qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ? "


Et comme c'est plus important encore quand on
découvre, comme vous, sur une vieille carte postale,
les traits d'un être aimé !

J'ai reconnu, moi aussi, la silhouette d'André,
sa belle carrure de petit athlète...

Je me souviens l'avoir vu, sur la scène du
patronage St Antoine, avec mon cher Papa, dans "la
Patrie avant tout" - il tuait, par mégarde, dans une rixe, son rival - (Je me souviens que c'était un
des frères Lindé) et quand la police arrivait,
je le vois encore jeter son revolver ... je l'entends
dire : "je suis prêt!". Comme il y a des souvenirs
vivaces !





Pour moi, j'ai continué de jouer la comédie ... Le
théâtre m'a toujours passionné .... La vie, n'est-ce
pas cela : " Une ample comédie aux cent actes
divers " ... Au seuil de cette année 1983, je vous la souhaite bonne et heureuse, Chère Madame et Amie,
et je vous redis la fidélité de mon souvenir.


Emile Joulain
A quelques jours de son 83ème anniversaire (rappelons qu'il est décédé 6 ans plus tard, le 21 février 1989) , il était encore très actif et continuait, entre-autres à alimenter le journal de ses billets, voeux et autres rubriques..

Il aimait aussi correspondre avec des amis, avec des personnages connus et/ou célèbres, comme des inconnus.

Si je vous livre cette lettre, c'est pour vous montrer   comment son brin de plume et son érudition ressortaient, même dans un simple courrier.

La description de ces personnages (aux environs de sa propre naissance - 1900 - ) est intéressantes même plus d'un siècle plus tard. Pour ma part, ces personnes, soit je les ai connues très âgées, soit j'ai connu les enfants et les petits enfants.
L'un de ceux-ci a été sauvé de la noyade par mon frère et moi alors que très âgé et invalide, il tentait de couper une branche de saule sur les bords de l'Authion, à côté de notre lieu de pèche à la ligne...

Plus loin, on parle de garçonnet alors que j'ai connu, de mon âge, feu son fils, comme le temps passe....

Encore plus loin, allusion à la gare du train "le petit-Anjou " , le cycliste a déjà bien grandi depuis sa promenade sur le quai ( carte postale ci-dessous) :

Petit_anjou

Et voici Lamartine qui commente la photo souvenir !










On retrouve bien sa passion pour le théâtre qui lui fut transmise par son père ainsi que son viscéral attachement au patronage et à la gymnastique.

Et moi, je suis allé à la mêm école avec leurs petits enfants...


André était loin de penser qu'il allait être, 15 ans plus tard, obligé d'arracher le pistolet des mains d'un officier allemand qu'il allait secourir et qui voulait le tuer (et en scène grandeur nature cette fois-ci !)


Après Lamartine voici La Fontaine.
Magnifique lettre de notre poète !
Ci-dessous quelques billets généralement publiés au moment des voeux
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Extrait de " Y-a qu'un maît' " avec quelques portraits de personnes du village :    

Son domaine de prédilection était donc l'écriture : de la chronique au roman en passant par les poèmes en patois, les rimiaux, avec un thème favori : la Loire "Sa Loère" (voir la page spéciale Loire - "Les fill's d'la Loére" . Des enregistrements existent dans le commerce. Il a également écrit des chansons pour lesquelles il composait la musique, il était donc complet : auteur compositeur et interprète. 

Musique particulière, il accompagnait à l'harmonium la messe à l'église du village du 1er Janvier au 31 décembre; il fallait vraiment une mauvaise grippe pour qu'Émile ne soit pas "fidèle" au poste

La foi qui l'a accompagné tout au long de sa vie, y compris dans les moments les plus difficiles, est omniprésente dans ses textes. Il savait s'appliquer les principes de la religion sans les imposer aux autres; c'était un exemple de tolérance et de respect.

voeux Emile JoulaiN

Leçon de tolérance - la poutre et la paille - ("Tais té don' "):   

Leçon de respect et démonstration d'égalité devant la mort - ("Tais té don' "):   

Métaphore sur le temps de "l'Avent" (" L'temps dés avents"):    

Supplique du paysan - prière pour conserver la foi (" Un coeur dé pésan ") :    

Il n'a pas fait de longues études; il avait un certificat d'études primaires. Il s'était rattrapé : autodidacte parfait, il avait une connaissance de toute la littérature ancienne et moderne. Sa grande culture intellectuelle ne l'a pas éloigné de la culture de la terre, il s'est servi de sa plume pour montrer sa fierté d'apartenance au monde paysan.

Le paysan poête et sensible vu par Emile ("Un coeur dé pésan"):   

Il était particulièrement attaché à la nature et opposé aux changements technologiques qui la mettaient en péril ( "les massacreur de la nature") : remembrements, constructions modernes au détriment du patrimoine existant sans parler de l'Administration et ses aberrations etc.

Chanson mettant en cause le remembrement (" darrièr' la haie") :   

Retour à la nature après une visite en ville (" un pésan èvolué") :   

Il a participé a une grande quantité de manifestations folkloriques, émissions radiophoniques puis de télévision un peu plus tard. Guide au château de Montgeoffroy, il a côtoyé des personnalités et des artistes qui rendaient visite au marquis de Contades. 

Il recevait des écrivains et des chanteurs compositeurs à son domicile mais sa modestie et sa proximité des hommes de la terre faisaient qu'il ne mettait jamais cela en avant. 

Ces périodes difficiles qu'il a vécues lui faisait :

- rendre hommage à ceux qui ont payé de leur vie (les cadets de Saumur 1940) :   

- partager la douleur de l'éloignement dans les conflits (algérie) :   

On a souvent assimilé Emile Joulain aux rimiaux, aux carricatures, et aux histoires drôles qui vont avec. Oui c'était une partie de son registre mais il était un grand poête, reconnu par ses pairs. Hervé Bazin disait de lui  "On ne glose pas sur Joulain, on l'écoute". Il savait faire rire mais comme tout bon pôete, il savait émouvoir. Ecoutez cet extrait sur les peupliers qui changent d'aspect en fonction des saisons mais qui finissent comme une procession de deuil, écrit un soir de la deuxième guerre ...   

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Quelques éléments biographie à partir de celle écrite par son frère, l'Abbé René JOULAIN, juste après le décès d'Emile (les extraits en italiques sont de l'Abbé Joulain)   

(biographie complète que vous pouvez trouver en préface de l'excellent livre d'un de ses disciples Yvon Péan : Emile JOULAIN - Tel que lui-même ... Chronique d'une rencontre ) 

Émile JOULAIN est né en 1900 à MAZÉ, aux BAS-PAYS, de :
René JOULAIN Marie MEFFRAY Louis HAMELIN (2) Jeanne GREFFIER
Émile JOULAIN (1) Jeanne HAMELIN (Yvonne : soeur / tante - 5 filles (3) )
Émile JOULAIN (Poète) - René JOULAIN (Abbé)


Son père, Émile JOULAIN (1),  fut un des premiers élèves du Pensionnat STJOSEPH,fondé en 1875 par M. BROSSARD, curé de MAZÉ et confié aux frères des Ecoles Chrétiennes, où M. Jean-Baptiste PEYRE, originaire de l'ARIEGE, le frère diacre, en religion, enseigna pendant plus de 50 ans les enfants de MAZE;


Le grand-père Louis HAMELIN(2) fut pris comme régisseur par Monsieur DE CONTADES, propriétaire de Montgeoffroy, à MAZÉ. C'est sa fille, Yvonne (3), donc la soeur de sa mère qui remplacera le grand-père jusqu'en 1975 et Emile y continua son rôle de guide du château.

Quand le grand-père fut disparu, en décembre 1914, Émile logea chez la grand-mère, à partir de 1939, et sa chambre devint vite un lieu d'accueil très fréquenté par ceux qui faisaient partie du patronage. Elle disparaîtra en octobre 1927, l'avant veille du mariage d'Émile avec Madeleine CORMIER.  C'est par cette alliance que nous avons un lien de parenté

Nous vivions donc avec les grands-parents JOULAIN, mais nous allions souvent à Montgeoffroy. Cette petite maison carrée, située au bord de route de Bauné, était un havre de paix, de chaleur, avec un grand-père HAMELIN, gai et pacifique, une grand-mère, malicieuse et futée, pleine de modestie, des tantes qui ne avaient quoi faire pour nous. Et tout cela dans un respect pour les maîtres différents, de 1888 à 1975.

Personnellement, j'en ai un souvenir très présent car dans les années 1960, j'allais avec mon presque "jumeau", fils d'Émile, chez la tante Yvonne, d'où il rapportait toujours quelques livres de sa bibliothèque impressionnante ! De plus, cela nous permettait d'avoir des accès privilégié aux différentes visites mais essentiellement au cyclo-cross annuel où nous avons pu obtenir les autographes des grands de l'époque, Merckx, Anquetil, Poulidor et j'en passe ...

La première petite maison carrée sur la droite, qui matérialise l'entrée du château était la demeure d'Yvonne.


                                                                         photos - du haut : carte postale
- du bas, à l'occasion du tour de France 78 -Sce France3 - =>
chateau
Maison_Yvonne_Tour_78

L'Abbé René décrit leurs parents qui ont certainement tracé la route de notre autodidacte : Nous avions enfin de bons parents. Le père Émile : Un homme à l'intelligence claire, d'une droiture extraordinaire, admirateur de CHATEAUBRIAND, musicien, tenant l'harmonium à l'église, président du Patronage St Antoine, jouant à la boule. Il avait une femme faite sur mesure pour lui. De couturière qu'elle était, elle devint une cultivatrice des Bas-Pays. En sa jeunesse, chanteuse à l'église et actrice sur les planches du patronage, la voilà, avec son mari, et ses deux garçons, en bonne intelligence avec ses beaux parents, elle aimait recevoir sa famille et parfois aussi les amis d'Émile.  Elle aimait beaucoup lire et surveillait les lectures d'Émile qui, dès onze douze ans, dévorait les livres, et elle l'avait abonné aux "Nouvelles Littéraires".

En ce début du 20ème siècle, nous avons vécu à MAZÉ, dans un climat de lutte. De tout temps, MAZÉ a été républicain, mais c'est surtout durant le ministère de l'Abbé BROSSARD, qui fut curé pendant 30 ans (1865 à 1895) et durant les 39 années de mairie du Dr HACQUES (1880 à 1919) que la lutte fut rude, déclenchée par la fondation du pensionnat St Joseph, une lutte sans merci, entre les tenants de chaque école, regroupés dans des amicales très militantes. Émile avait de très bons amis à l'école St Joseph.

Quelques photographies d'époque (cartes postales et photographies de collection personnelle)
Maire et Docteur Hacques_Site_Papy_Louis 1900_Manoeuvres_pompiers_Site_Papy_Louis
Le Maire, Docteur Hacques lors d'une fête sur la place du village (env.1900)
en arrière plan, le clocheton et la statue de Saint Joseph du pensionnat
Manoeuvres de pompiers sur la place du village (env.1900)
en arrière plan, la grille d'entrée du pensionnat Saint Joseph.
Saint_Joseph_Site_Papy_Louis Saint_Joseph_Site_Papy_Louis
Grille d'entrée du pensionnat Saint Joseph (côté place de l'église) Même grille vue depuis la cour intérieure (rue de Verdun)
Ecole maternelle, encore appelée asile
1900_revue_pompiers_Site_Papy_Louis 1900_Revue_Pompiers_Site_Papy_Louis
Revue de Pompiers (la caserne était en arrière plan à cette époque(env.1900) Manoeuvres de pompiers sur la place du village (env.1900)
Une fontaine exiatait encore au centre de la place.
1900_Musique_municipale_Site_Papy_Louis
Photographie de la musique municipale, entre 1900 et la guerre 14
A la grosse caisse, le maire qui remplacera le Docteur Hacques : Monsieur Baudouin
(au moins, en pensant aux accords de musique, on en oublie les désaccords entre "calotins et anti-calotins")


Mais Émile avait aussi des copains de quartier, qui fréquentaient l'école publique. Aux vacances, ils se retrouvaient, il organisait des séances théâtrales dans la cuisine. Émile fut un pilier du patronage St Antoine, fondé en 1900, malgré l'opposition du maire ; c'était, pour Émile, son second foyer. Qui pourra dire les heures qu'il a passées dans ce patronage, à préparer des pièces de théâtre pendant près de 40 années et où  il chanta, aux entractes des pièces jouées ? Ce qui ne l'empêchait pas de donner beaucoup de temps au patronage et à la clique de la société de gymnastique "La Jeanne d'Arc"fondée en 1929.

Musique_patronage_Site_Papy_Louis Un peu plus tard, la musique propre au patronage. On reconnait Emile Joulain à droite, debout devant l'arbre

Pendant ce temps, l'exploitation était tenue par la grand mère encore vaillante, notre mère, et Émile, qui apprit son métier de cultivateur, grâce à notre voisin, Auguste HILD, un homme compétent et d'une serviabilité extraordinaire. Notre père revenu du front, Émile travailla avec lui, labourant, passant la houe dans les vignes, et surtout bêchant des boisselées entières, à "taille ouverte", ou autrement, faisant du bois, dans "La Vague", sur le bord de l'Authion, ou dans le Bois Guérin, sur la route de ST GEORGES DU BOIS. Je le vois encore, appuyé sur son manche de pelle, scrutant d'un regard contemplatif les paysages de la Vallée. 

J'ai bien connu Emile faisant du bois à la serpe Serpe_Site_de_Papy_Louis , dénudant les "touesses" de saules pour en faire des fagots à destination de la cheminée. Nous l'accompagnions, son fils et moi pour jouer au bord de l'eau, dans la "Vague".

Mais, je crois que c'est dans les bois qu'il se plaisait le mieux, se redisant ô lui-même des passages entiers de Victor HUGO, de François COPPÉE ou d'Edmond ROSTAND, ou composant lui-même des pièces de poésie.

C'est vrai que nous en avons passé des après-midis en sa compagnie (il était piloté par sa femme jusque dans les "boés du Baugeoés"), et appréciaient ce temps, à l'ombre des arbres à écouter, regarder et lire... Je ne connaissais pas cela chez moi et j'en étais toujours étonné.

Eut-il aimé faire autre chose que cultiver la terre dans un coin des Bas-Pays de MAZÉ ? Sans doute. Il est resté à la terre parce que nos parents, tout en étant propriétaires, n'étaient pas assez riches pour faire faire des études à leur fils aîné. Il aurait sans doute réussi dans des études littéraires, mais devenu professionnel de collège ou d'université serait-il devenu le poète rural, chantant son pays et sa Loire dans le patois des Bas-Pays, un gars de la terre chantant la terre et les paysans qui la Cultivent? 

Toujours est-il qu'il eut toujours la soif d'apprendre. Sans compter qu'étant correspondant du "PETIT COURRIER", devenu après la Libération, le COURRIER DE L' OUEST, il écrivait dans ce journal, racontant les petits faits du pays, en attendant d'écrire son célèbre Billet du Paysan de la Loire
Enfin, il faisait partie de la chorale paroissiale, en attendant de la diriger lui-même, et de lui faire chanter quelques morceaux de sa composition. Après 1945, il sera l'organiste jusqu'à la fin de sa vie succédant à notre père, organiste à Mazé depuis 1880 jusqu'en 1943 (la paroisse de Mazé aura donc eu un Émile Joulain, le père puis le fils, comme organiste pendant 108 ans).

En 1927, fin octobre, après avoir conduit la grand mère JOULAIN à sa dernière demeure, deux jour après, Émile et Madeleine s'unissaient par le mariage à la mairie et en l'église de MAZE.Ils vécurent 18 ans ensemble, heureux, vie scandée par les fêtes du pays, les plaisirs du patro, par les épisodes des élections, par les journées organisées par la J.A .C.

La guerre et la libération :

Vint la guerre. Mobilisé, il ne fut pas fait prisonnier tandis que deux de ses beaux-frères et moi-même étions en ALLEMAGNE.

C'était un homme remarquable que le hasard a donc fait entrer par alliance dans notre famille (d'où le "cousin" de la signature de la lettre ci-contre).

Il a d'ailleurs écrit une lettre  depuis la ligne Maginot en Avril 1940 pour le mariage de Papy-Louis; lettre qui fait ressortir sa piété et son patriotisme.

(Pour comprendre le sens des extraits, il faut savoir que je profitais d'une courte permission pour me marier et je devais repartir aussitôt rejoindre l'Amirauté - lire les chapitres 1939 - 1940 -).  


Le Conseil Municipal de MAZÉ ayant été révoqué par le Préfet ROUSSILLON, on vint lui demander d'être l'un des quatre membres d'une commission administrative pour gérer la commune. Il accepta et remplit cette tâche difficile avec courage et impartialité.
Certains mécontents, et même furieux de sa présence à la mairie, lui feront payer cher. En août 1944, l'ancienne municipalité étant rentrée à la mairie sans ordre de la préfecture, un soir, deux gars viennent jeter des grosses pierres dans sa porte. Il courut après eux dans la nuit, sans les trouver. Il apprit dans la suite qui c'était, mais il ne le révéla jamais à personne. Sa femme eut tellement peur qu'elle ne s'en remit jamais, d'autant plus qu' il y eut récidive en janvier 1945. Alors là, il trouva les coupables, deux gars de la classe, auxquels le maire, Jean BAUDOUIN, imposa une forte amende à remettre à la caisse des prisonniers et il interdit le bal de la classe. Gestes idiots, inspirés par la haine et aux conséquences dramatiques. Madeleine mourut le dernier jour de mai 1945 ; elle avait 45 ans. Et avant de mourir, elle me dit, simplement, d'une voix qui s'éteint: " C'est de leur faute, mais je leur pardonne".

C'est du temps de la guerre qu'il connut Marc LECLERC, qui s'était retiré à la MENITRE, près de la gare, au « joucq ». Ils se lièrent d'amitié et il encouragea Émile à écrire ses rimiaux. 

Il vécut douloureusement son veuvage, près de nos vieux parents. Notre père étant mort en novembre 1947, Émile vécut près de notre mère jusqu'en 1951. Les poèmes de cette époque, qu'il ne disait jamais témoignent de la souffrance d'un homme qui aimait beaucoup sa femme "J'ai vécu avec Madeleine, m'a-til dit, 18 ans de bonheur".

Dans les mêmes temps, le frère de Madeleine, Roger CORMIER, marié à Andrée COTTIER, était revenu de captivité. Mariés en 1936, ils avaient une fille. Et voici que le malheur vint les visiter. Roger mourut en 1947. C'est alors qu'Émile et Andrée se rapprochèrent, mettant leur peine en commun.

Ils se marièrent en janvier 1951, au petit matin, en l'Eglise de MAZE. Et le 1er novembre 1952, naît à leur foyer un garçon, Émile-André, "nout' petit gars" ;

Emile André et moi, fils de Papy-Louis, habitions donc dans la même rue, nos maisons distantes de quelques dizaines de mètres. Combien de temps passé chez eux à jouer dans la grande pièce à vivre, aux côtés d'Emile qui écrivait et de son épouse qui lisait ou tricotait .

La maman JOULAIN meurt en 1957. Émile a affermé maisons et terres. Il est toujours agent du Courrier de l'Ouest,  et commence à donner un peu partout des récitals, tout en cultivant un grand jardin de 1500 m2, qu'il a acheté avec Andrée, (en souvenir, je suppose du "paradis des grands parents, ils appelaient cette parcelle de terre leur "paradoux"),  jouxtant leur demeure, sans compter qu'il s'occupe encore beaucoup de théâtre, est organiste à l'église, et est omniprésent.

En 1973, le malheur vient à nouveau frapper à la porte, et sa deuxième épouse décède à 60 ans, entourée de l'estime de tout un peuple.

Dedicace_Emile_Joulain_Site_Papy_Louis

En perdant Andrée, il a perdu sa régulatrice, sa comptable, la confidente attentive de tous ses projets. Elle l'accompagnera par delà la tombe et l'aidera à entretenir son rêve intérieur. Tant et si bien que les 15 dernières années de sa vie vont être comme un feu d'artifice, en ANJOU, et dans toute la FRANCE, avecles Ecrivains Paysans d'Anjou et d'ailleurs. Ses calepins sont pleins pour toute l'année et il va chanter l'Anjou, les joies et les peines du monde paysan, dans le patois des Bas-Pays, voituré par ses amis, et tout spécialement par Yvon PEAN et André LANDRY. Il aimait son MAZE, sa vallée veuve de ses haies par la faute des hommes, MONTGEOFFROY, qu'il fit visiter pendant presque 20 ans, avec compétence et avec amour, les et tous ces gens de MAZE qu'il rencontrait chaque jour, au café les Floralies, amicalement reçu par les propriétaires, autour d'une ou de plusieurs "fillettes" de blanc.

Cet homme de foi, bon et tolérant n'est plus. Ces trois mots résument sa vie, et peut-être mieux encore ce que lui disait un jour notre chère tant Yvonne "Tu marches comme dans un rêve éveillé". "LES FILLES DE LA LOUERE", ne sont, me semble t-il, que la transcription écrite de ses songes et de ses musiques intérieures.

Qu'il nous aide à marcher tous, dans le jour comme dans la nuit, la joie, ou le malheur, dans son sillage.


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