1939 1940 |
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| I | - | ![]() |
Le rappel du contingent | ||
| II | - | ![]() |
Drôle du guerre | ||
| III | - | ![]() |
A l'Amirauté | ||
| IV | - | ![]() |
De l'Angleterre au Maroc | ||
| V | - | ![]() |
La correspondance aux armées | ||
| VI | - | ![]() |
La démobilisation | ||
ou départ pour un ou des pays inconnus
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JUIN 1940 |
JUILLET 1940 |
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Légende des couleurs
| Période passée à l'Amirauté : à Maintenon, au château Coty, à escorter le train Amiral jusqu'à Brest. | |
| Préparatifs pour quitter le France à Brest | |
| Traversée de Brest à Falmouth (Angleterre) | |
| En Angleterre | |
| Traversée de l'Angleterre au Maroc ( Swansea à Casablanca ) | |
| Au Maroc |
La ville de Brest avant 1940 |
Après une douche de fortune, le lavage de nos effets personnels, les corvées, nous partons pour le "Petit Lycée" car il n'y a pas suffisamment de places au dépôt : les marins se repliant depuis Dunkerque, depuis les postes du front de mer et depuis Cherbourg sur Brest. Nous couchons de nouveau sur le plancher au deuxième étage et essayons de dormir entre les alertes et les tirs de DCA.J'apprendrai, après ma démobilisation, que ce même jour, la luftwafe avaient bombardé et fait couler le Lancastria et quelques autres bateaux qui sortaient de l'estuaire de Saint Nazaire. Un camarade de faction à la pointe a été témoin de ce bombardement terrible pour lequel le nombre de victimes n'a jamais été établi avec précision ... entre 4000 et 9000 ! Il a vu le Lancastria exploser (une bombe était tombée à travers une cheminée dans la salle des machines provocant immédiatement un incendie ) puis couler en un quart d'heure ! J'apprendai également que ce même jour, pendant que les bombardements touchaient le port et les bateaux à proximité de nous, à Brest, les mêmes évènements se produisaient à Lorient , là où je montais la garde avant de partir à l'Amirauté. Un camarade de ma région s'y trouvait et, à son retour de déportation, il m'a appris que, à Lanester, aux chantiers de construction de bateaux que nous gardions, des tranchées avaient été creusées comme abris. Les bombardements arrivant, deux jeunes marins voulaient s'y réfugier. Mon camarade leur dit :"Ne vous mettez pas dans ces trous, si un obus tombe à proximité, vous risquez d'y être enterré". Lui courrut vite se réfugier sous des grandes plaques d'acier destinées à la construction des bateaux et, le lendemain matin, les deux matelots ont été retrouvés morts et enterrés. Mon camarade avait eu ses vêtements déchirés par le souffle d'un obus mais aucun éclat ne l'avait touché, heureusement ... |
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Mardi 18 Juin : ( jour de" l'appel" du Général de Gaulle ) Réveil à 6 heures par l'éclatement de trois bombes : les bateaux de guerre sont visés dans le port tout proche; sept avions lâchent quelques "chapelets" en les survolant . Certaines bombes tombent sur la ville. Bien sûr, l'alerte est donnée et comme à chaque fois, il est préconisé de rejoindre les abris. Un marin rescapé de Dunkerque nous fait part de son expérience "restez donc dans la cour et n'allez pas aux abris; si nous sommes touchés, nous ne serons au moins pas ensevelis sous les décombres". Nous restons donc à l'extérieur en attendant la fin de l'alerte et en ...espérant. Dans la matinée, nos supérieurs procèdent à la formation de sections et de compagnies de mitrailleurs. Mais, comme nous le dit notre Commandant : "nous n'avons aucune arme à vous donner". Notre présence ici n'est donc plus "utile" et nos formations relèvent plus d'une remise en ordre en vue de l'évacuation. Où partons-nous ? Nous n'en savons rien mais sommes à la fois contents de laisser ces bombardements derrière nous et inquiets et peu fiers de laisser nos familles et le pays ... Notre Lieutenant de Compagnie est un Enseigne de Vaisseau de réserve qui a "bu deux fois la tasse " en Mer du Nord, sur deux sous-marins coulés à quelques semaines d'intervalle. Il a d'ailleurs perdu sa cantine d'officier en sauvant d'abord " sa peau". Il nous conseille d'emporter le strict minimum. Lui n'a plus pour voyager désormais que, comme il dit, "son ceinturon et son revolver". Dans l'après-midi, après une nouvelle alerte, nous partons par sections et compagnies pour embarquer. Tous rassemblés, une nouvelle alerte retentit et aussitôt, les tirs de la DCA se font entendre. Cette dernière tire depuis tous les bateaux contre les avions qui continuent de piquer entre les nuages avec lâchés de bombes et rafales de mitrailleuses pour essayer de toucher le cuirassé "Richelieu" et le sous-marin "Surcouf", seul au monde à posséder un hydravion à bord à cette époque! Nous embarquons ( la 2ème compagnie sur le caboteur "Le Goumier") et nous appareillons vers 19 heurs après une nouvelle alerte. Nous sortons du goulet de Brest en formation( long convoi escorté de torpilleurs et survolé par des avions ). Heureusement, la mer est belle et , au soleil couchant, nous bifurquons, certains vers la gauche, à destination de ce que nous supposons être le Maroc et d'autres dont je fais partie vers la droite (probablement vers l'Angleterre). Nous pensions prendre tous la direction du Sud en sortant du Goulet. Est-ce pour partager les risques? Probablement. Comment la nuit va se passer ? Nous échangeons nos coordonnées entre camarades afin de prévenir ou faire prévenir nos familles si seuls quelques-uns reviennent de cette "fuite cauchemardesque". |
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![]() (sans lien) |
Tenter de se reposer,
il le faut bien.
Certains
préfèreront la cale ..... sur des tas de caisses
de munitions ... pour
ma
part, je choisis un tas de cailloux (pourquoi des cailloux dans ce
bateau alors
que les munitions suffisent amplement comme lest pour
l'équilibrer ?).
Puis ,c'est le réveil en pleine mer. Notre bateau
est équipé d'un canon
de 75 et d'une mitrailleuse contre avions. Plusieurs marins y sont de
garde
durant la nuit. Pour ma part, j' assure mon "quart" à
l'avant en
guettant
pour tenter de déceler mines ou
périscopes de sous-marins avec
des jumelles. C'est donc
moi qui aperçois le premier les côtes anglaises
dans la matinée. En soirée, quand nous arrivons en baie de Falmouth La mer est plus houleuse. Nous mouillons un peu au large puis nous entrons dans la baie pour la nuit après une autorisation de la direction du port. |
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Nous embarquons sur le Camaret vers 10 heures (nous ne sommes pas les bienvenus à terre) afin de regagner le cargo Médoc en pleine mer. Le transbordement est très mouvementé par une forte houle : les hommes doivent sauter d'un bastingage à l'autre au moment précis où les bateaux se trouvent à la même hauteur. Les bagages sont quant à eux transbordés à l'aide de filins..... Nous déjeunons à bord et appareillons vers midi. Aux environs de 16 heures, nous arrivons à Portsmouth par beau temps. Les falaises roses de la côte anglaise sont magnifiques au soleil couchant. |
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Réveil à 6heures pour préparer la cale avant en poste de couchage. |
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l'appel
du 22
Juin 1940
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Réveil à 7 heures; la brume est épaisse et la pluie prend la relève jusqu'au soir où le temps s'éclaircit enfin. Pendant ce temps, nous sommes cantonnés à l'abri dans la cale avant. Un ravitaillement anglais (pain brioché et chocolat et quelques conserves ) nous remonte le moral et le physique. Depuis le pont, nous apercevons un bateau et échangeons quelques mots avec des réfugiés français venant de Bayonne et fuyant les allemands ! Sont-ils donc rendus à Bayonne ? ..... Et nos familles, que deviennent-elles ? Allons-nous retourner pour les sauver, pour les défendre ?... |
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Réveil à 7 heures, breakfast et embarquement sur un bateau de plaisance anglais vers 10 heures pour aller à quai. Un rassemblement est effectué près du port, dans un terrain, avec d'autres compagnies. Vers 14 heures, le trajet du port est repris et nous sommes "invités" à poursuivre notre périple en train pour une direction de nouveau inconnue. Toutefois, du thé et du corned-beef nous sont apportés. Le train s'ébranle et , après un arrêt en gares de départ et régulatrice de Bristol qui nous permet un ravitaillement par la croix rouge, nous continuons dans la nuit. |
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Le champ de courses de Liverpool ![]() |
Nous arrivons en gare de Liverpool à 1 h 45; c'est un peu la pagaille sur le quai.......(peut-être l'impression de se délier les jambes pour la première fois depuis le 10 Juin ) Mais, la récréation est vite terminée : Un grand officier anglais dit aux officiers français présents (officiers qui semblent aussi découragés que la troupe) " Faites mettre vos hommes en rang pour aller chercher les bagages au fourgon, car vous savez, ici, ce n'est pas comme en France, il y a de l'ordre et de la discipline..." Il a dit cela d'une façon si péremptoire, d'une traite et en parfait français, nous en restons bouche bée. Nous nous dirigeons donc, en colonnes par trois vers un campement installé au champ de courses d'Aintreec. Vers 3 heures, nous absorbons quelques victuailles à l'anglaise puis, une distribution de couvertures est organisée et nous nous installons 10 par 10 dans des tentes pour un peu de repos bien mérité .... A 8 heures , un breakfast est servi et nous passons aux choses tant attendues depuis quelques jours : un brin de toilette et lessive de nos effets personnels ... |
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Ces jours sont bien monotones, au camp. Quelques tirs de DCA contre des avions de reconnaissance allemands nous rappellent que, ici aussi, c'est la guerre. Il faut espérer qu'ils ne lâcheront pas de bombes car ce n'est pas la toile de tente qui nous protégera...Une des journées, une pluie diluvienne tombe sans discontinuer, il nous faut creuser de véritables tranchées entre les tentes pour s'isoler au mieux. Toutefois, ces tentes ne possèdent pas de tapis de sol et, le système "D" est encore nécessaire : une irruption, à l'insu des gradés dans la ferme voisine, nous permet d'intercaler un peu de paille sous les couvertures pour ne pas être couché dans l'eau ! Heureusement, des abris (auvents) protègent les chaudières des popotes (énormes chaudières identiques à celles qui servent à faire cuire les pommes de terre pour les porcs). Tout le monde fait la queue, officiers et matelots, pour aller " à la gamelle"; mais, les rations ne sont pas très copieuses car les anglais ne s'attendaient pas à recevoir autant de marins français : le ravitaillement n'était pas prévu. Nous avons très faim et parlons même de "dévaliser" des boutiques si nous sortons en ville de Liverpool... Heureusement, nous ne passons pas à l'acte car l'accès aux foyers de soldats nous est ouvert et les premières sorties nous permettent de rencontrer une population civile compréhensive généreuse en gâteaux, cigarettes et bière. Les appels des 18 et 22 Juin avait été enregistrés et on nous les fait écouter dans les foyers, pour nous inciter à continuer la lutte avec leur marine. Il est vrai que la plus grande partie de nos troupes campées à cet endroit est composée de réserviste d'un certain âge avec femmes et enfants; c'est peut-être la raison pour laquelle peu de matelots sortent des lignes à ce moment. Je touche, comme mes camarades, une solde de 1 pound, ce qui me permet d'acheter un petit dictionnaire pour échanger plus facilement quelques mots lors de nos sorties qui d'ailleurs nous sont désormais permises de façon gratuite en tramway. |
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Nous avons la permission de sortir en ville : avec mes amis Dupont (du Fuilet) Janeau (de Bourg d'Iré) et Montigny (du Loiret) nous visitons quelques monuments du centre ville, le port ...Les pubs sont fermés; heureusement , un petit restaurant nous permet de nous alimenter avant le retour au campement. Arrivés, nous apprenons que l'ordre du départ est donné pour le lendemain au premier groupe et nous en faisons partie. Nous allons prendre la direction du Maroc.... Pourquoi sommes-nous venus ici ? |
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Réveil à 6 heures, après les préparatifs d'usage, l'ajout d'une couverture roulée à nos bagages, nous partons pour la gare de Liverpool où nous prenons le train vers 8heures 30. Le temps est beau, nous supposons que la mer sera de même. Nous arrivons à Swansea vers 16 heures et ne débarquons que vers 17 h30 pour un ravitaillement de .....biscuits et corned-beef. A 20 h 30 , nous embarquons sur le cargo anglais "Bactria" et nous prenons possession de la cale .... |
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![]() (pas de lien) |
Nous appareillons vers 4 heures du matin pour former un convoi avec d'autres cargos de troupe et des cargos de charbon venant de Cardiff : 22 bateaux en tout. Nous sortons en pleine mer pour prendre, ensuite, la direction du Sud. La mer est belle; un nommé Brion, un tourangeau, se flatte d'avoir fait tout son service embarqué sans avoir eu le mal de mer .... je n'en dis pas autant. |
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Une forte houle caractérise les 24 heures qui vont suivre; il y a de grands creux, c'est vraiment très impressionnant pour un marin novice comme moi ! L'avant du bateau sur une vague, l'arrière dans un creux et le contraire ensuite .... c'est la balançoire . Comme si cela ne suffisait pas, il faut y rajouter le roulis en même temps et là, cela devient insupportable. Mon copain Brion est le premier à déchanter... il est malade "comme un chien"; il restera couché dans la cale jusqu'à l'entrée en rade de Casablanca. Quelques-uns seulement en font de même dont l'officier major de la compagnie. Pour ma part, je ne m'éloigne pas trop du bastingage et vous en comprenez les raisons ... le cœur un peu soulevé et l'appétit coupé; pas trop à l'aise non plus pour dormir , évidemment. Heureusement, au bout de 24 heures, le calme revient. |
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![]() (pas de lien) Le bombardement de nos navires par les Anglais à Mers El Kébir 1300 morts |
Un de nos marins qui parle assez bien la langue anglaise monte régulièrement avec les officiers du bateau pour faire le point. Il nous rapporte à quelle latitude nous nous trouvons, naviguant à 200 milles des côtes environ. Chaque jour, nous savons donc que nous sommes à hauteur de Brest, St Nazaire, Les sables, Bordeaux, Bayonne. Malgré cela, les journées sont monotones. Les plus heureux sont les joueurs de cartes, ils peuvent s'en donner à cœur-joie. Le reste du temps, pour tromper l'inquiétude, nous parlons bien souvent "du pays". Le matin du 4 Juillet, ce marin qui monte à la passerelle nous rapporte qu'il vient d'entendre à la radio que les Anglais ont bombardé la flotte française qui était ancrée à Mers El Kébir, en Algérie et qu'il doit y avoir plusieurs de nos plus beaux bateaux coulés et de nombreux morts (nous l'avons su au Maroc : 1300 morts). Nous ne savons plus quoi penser, outrés par ce comportement des Anglais... Hier encore, ils nous demandaient de rejoindre leurs rangs en enfreignant les règles militaires françaises et aujourd'hui en coulant nos navires et en tirant sur des alliés! Nous sommes à ce moment précis à bord de LEURS bateaux, ces Anglais nous emmènent sur LEURS cargos d'Angleterre au Maroc et LEUR flotte coule une partie de la NOTRE ! Que veut dire ce double jeu ? Il me faudra beaucoup de temps pour mieux "comprendre" la décision de W.Churchill . A partir de ce jour, il est vrai que nous ne respectons plus vraiment la réserve de vivre propre à l'équipage (pommes de terre et oignons) et nous accommodons le corned-beef et le thé. Tout cela n'améliore pas vraiment l'ambiance à bord mais c'est la seule vengeance qui nous est permise à ce moment car nous ressentons ce besoin de nous "venger" de cette trahison (même si les méthodes utilisées relèvent plus de l'école primaire). Nous laissons bifurquer à bâbord la moitié du convoi (les charbonniers qui se rendent au Portugal, au nord et au sud ). Certains de nos camarades sont des marins pêcheurs et ils nous avaient dit que nous verrions des poissons volants au Cap St Vincent ce qui est vrai. Nous nous demandons depuis le départ si l'hydravion qui nous survole ponctuellement et le torpilleur qui dépasse et remonte le convoi régulièrement protègent les marins français ou la cargaison de charbon anglais ? A l'annonce de la tragédie de Mers El Kébir, les doutes deviennent convictions. |
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Après huit jours ...... et huit nuits sur le Bactria, nous arrivons en vue des côtes du Maroc. A 9 heures, nous sommes face à Casablanca et des avions et des torpilleurs viennent à notre rencontre pour nous escorter jusqu'à la grande rade du port où nous arrivons sur un grand banc de sardines qui miroitent au soleil sous une légère houle, c'est superbe ! Un chalutier sort du port et un pêcheur autochtone debout à l'arrière du bateau nous salue en criant "Ah ! y'en a pas bon Madame la France" .... Et, cette compassion sincère est à l'image de ce que nous rencontrerons auprès de la population marocaine dans les jours à venir. L'après midi, c'est l'heure de la visite des cargos Anglais pour l'arraisonnement et le soir, nous entrons dans le port pour y mouiller et ......dormir. |
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Le matin, nous attendons avec impatience le débarquement, enfin notre débarquement. Peu avant midi, un chaland de vivres nous parvient avec de la nourriture , de la VRAIE nourriture ; la première fois depuis le départ de Brest . Quelle joie de laisser le thé au lait et le "singe" de côté. L'après-midi, nous débarquons enfin du Bactria par vedettes et chalands sur le paquebot "Asie" (des Chargeurs Réunis) et nous nous installons dans les chambres de 3° classe. Nos officiers, conscient de la tension éprouvée pendant ce voyage nous donnent la permission de faire une sortie à terre à condition de revenir avant minuit par la dernière vedette. Nous étions partagés entre le désir de retrouver des couchettes et l'envie de marcher sur le plancher des vaches. nous sommes allés passer la soirée à Casablanca et , le retour au paquebot s'est bien effectué par la dernière vedette mais de façon un peu bruyante car certains marins avaient eu plus soif en une soirée que pendant les huit derniers jours. |
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Jeudi 11
Juillet : et
vendredi 12 A 8 heures un appel est fait sur le pont et nos officiers ne manquent pas de nous réprimander pour le chahut de la nuit. En effet, le bateau voisin du notre n'était autre que le célèbre Massilia qui abritait nombre de parlementaires influents, diplomates et responsables du gouvernement français en exil arrivés de Bordeaux quelques jours auparavant . Nous avions perturbé le sommeil de ces autorités et des consignes nous sont données pour ne pas reproduire ce genre de vacarme. Nous utilisons le temps libre de ces deux jours pour
écrire à
nos
familles
car aucune nouvelle n'a pu être transmise depuis 1 mois et
ceci
réciproquement. Évidemment, nous ne savons pas ce
que l'on attend de
nous....
Allons-nous reformer des compagnies pour reprendre le combat en France
? Est-ce
que le sabordage de la marine française va remettre en cause
notre
participation à la défense du pays ? La marine
va-t-elle suivre les
ordres
d'arrêts d'hostilités ou allons-nous rester en
méditerranée ?
L'important
est de faire savoir que nous sommes vivants pour l'instant et attendre
une
réponse dans le même sens. |
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trajet aller au Maroc |
On nous demande de nous préparer pour
rejoindre "un
cantonnement".
Les préparatifs ont lieu dans la matinée et
à midi
et demie , nous
embarquons
à bord d'un train dit "8 chevaux en long ou 40 hommes" soit
constitué de wagons à bestiaux avec deux bottes
de paille
par wagon et
un
citron par homme pour se désaltérer. Le
départ a
lieu à 14 heures et
nous
passons par Fadhala, Bou-znika, Skirat, Famara, Rabat 17 heures 45
ravitaillement, Salé,(fortifications à la sortie
de la
ville) Sidi bou knadel, Sidi Taybi, (chênes liège)
Fort
Lyautey (vignobles) arrêt
19 h 45
pour un "potage" et départ 20 h 45 pour Petit Jean, Sidi
Kacem,
arrêt à 23 h 30 où nous dormons sur les
quais. |
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La maison du Gouverneur El Hadjeb |
On nous réveille à 5 h30 , nous sommes un peu transis par la fraîcheur du matin. Nous partons pour Bab Tisra (sol indigène), Oued Ramane (plantations et cygognes) , Sidi Embareck, Aïm Kerma, Moulay Idriss, Arezira, et nous arrivons enfin à Meknès à 8 h30. La gare est pavoisée de drapeaux français pour la fête nationale française. Ce sont, comme en France des dames de la Croix Rouge qui nous accueillent pour le café comme tout au long du voyage pour les autres ravitaillements. Puis, des "cars nous prennent" à la gare pour nous conduire à El Hajeb, dans un camp de la Légion Étrangère. L'après-midi, à l'aubette, nous prenons possession de nos baraquements (pour moi c'est le numéro 13) et de nos couchages puis on nous donne la permission de sortir en ville d'El Hadjeb. Là, une fusion de population militaire française, berbère et locale et un mélange de moyens de locomotion nous surprennent (ânes, dromadaires, voitures plus ou moins anciennes...), c'est très curieux. |
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Le Foyer militaire |
Dans un premier temps, nous ne savons pas si nous allons reprendre le combat, attendre les forces alliées (qui sont nos alliés ...?) , revenir en France ... La vie au camp s'organise donc, la nourriture est correcte et suffisante, la sieste obligatoire. En effet, les nuits sont très fraîches pour ne pas dire froides (vers 4 heures du matin, les couvertures sont nécessaires) mais les journées sont extrêmement chaudes dès 8heures du matin. Nous bassinons le sable au milieu des baraquements, à l'aide de bidons d'eau, pour donner un peu de fraîcheur.
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Quelques jours de grande incertitude avant que les
ordres
consécutifs
à l'Armistice nous soient transmis. 25 paye de la 4° compagnie (pas de quoi faire la fête...) 29 L'Évènement : La première lettre de France arrive, elle est pour un copain de Basse Goulaine de Loire Atlantique. L'été est si "pourri" que le blé germe dans les "quignons" (tas de blé en bouts de champs) . Nous reprenons espoir pour tous les nôtres à partir de ce moment. J'écris une lettrre à ma femme et une autre à mon copain Brèche parti sur Agadir. |
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| <=
A
gauche et à droite (même lien) les cartes que
j'envoyais après un mois
de "silence radio", cartes qui se voulaient optimistes et
rassurantes.=> |
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| Peu de temps
après, nous
apprenons par les officiers que nous allons
être démobilisés
conformément aux accords : les allemands ayant
demandé
que
les soldats et matelots en service rentrent dans leurs foyers , "la
marine
devant être
démilitarisée". Au bord de l'Atlas, à la limite du désert, je ne pensais pas trouver comme en Anjou ... des peupliers. C'est d'ailleurs le café des peupliers qui deviendra notre QG pour nous désaltérer pendant ce mois. |
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Nous vivons donc
presque trois
semaines d'oisiveté (nous avons un peu
honte
par rapport aux nouvelles qui nous arrivent sporadiquement de France).
Le 10 Août,
la nouvelle tombe : le départ est annoncé pour le
11, c'est la
démobilisation. voir la suite dans
le chapitre : LA DÉMOBILISATION
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