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1940 1939 1945
1939/1940PERIODE
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ALBUM
1939/1940
I - VOUS Y ETES Le retour au pays, la vie civile entre 1940 et 1945
II - La rationnement Le rationnement 
III - La rationnement Sabordage de la flotte à Toulon
IV - LA LIBERATION DU VILLAGE La libération du village

PRECEDENTE  I - 1940 -  Le retour au paysLa vie civile

ou : la vie civile entre 1940 et 1945

démobilisation Comme je vous l'ai expliqué dans le chapitre précédent retour (autre fenêtre) , la marine ayant été démobilisée pendant mon séjour au Maroc, je suis arrivé dans mon village le jour de ma fête, un an, jour pour jour après ma mobilisation.
Tout en essayant d'aider tous ceux qui souffraient plus que nous de l'occupation, ma première préoccupation a été de prendre soin de ma famille et de les soulager dans les travaux que les femmes avaient continués pendant mon absence.
 pepiniere
ma première pépinière

Dès mon arrivée, fin août 1940, j'ai repris les terrains que ma grand'mère faisait entretenir en attendant de meilleurs temps. J'y ai fait, dans un premier temps, des cultures de la région : légumes, graines de fleurs et légumes; mon intention , à terme, étant de transformer quelques parcelles en vergers. Pour cela, il m'a fallu réaliser une petite pépinière personnelle en plus de celle que j'avais réalisée avant la guerre et que ma femme, improvisée arboricultrice, a entretenu pendant mon absence. Cette nouvelle pépinière était constituée essentiellement de pommiers et de poiriers que j'avais écussonnés. 

 somua 1940 N'ayant pas assez de superficie d'un seul tenant, je ne pouvais pas envisager de prendre un cheval pour lequel il fallait réserver un hectare pour sa subsistance; il ne faut pas oublier qu'en pleine occupation, tout, ou presque, devait fonctionner en autonomie. Je faisais donc faire les labours et gros travaux de terre mais j'ai vite acheté un motoculteur d'occasion, pour devenir, moi-aussi autonome en attendant d'en acheter un neuf qui fut long à venir toujours pendant l'occupation... Pour les motoculteurs et tracteurs, nous avions droit à de l'essence détaxée (toujours à l'aide bons, bien sur) d'après la nature des cultures et la surface cultivable.
loire gelée 1940 41
la Loire gelée hiver 40 41
L'hiver 1940/41, de fortes gelées avaient duré longtemps et la Loire, fleuve de 400m de large à cet endroit, commençait à se prendre de glace. Nous étions allés la voir à bicyclette et je dois dire que la vue impressionnante et surréaliste des énormes glaçons défilant à vive allure au raz du parapet lui-même en haut de la digue appelée levée nous a fait rentrer rapidement. Ces gelées étant hivernales, elles n'avaient pas produit trop de dégâts dans nos arbres. 
laissez_passer Pour les possesseurs de bicyclette, lorsqu'un pneu devenait indispensable, il fallait pour s'en procurer un neuf auprès du mécanicien, obtenir un bon de la Mairie.
La période de la guerre n'a pas pour autant fait baisser ou supprimer les taxes existantes; exemple la taxe pour circuler à vélo qui faisait l'objet d'une carte et son timbre fiscal (valant laissez-passer) ainsi que d'une plaque à apposer sur le cycle.
Pour ce qui est des deux roues motorisés, j'ai été obligé de demander une "autorisation de circuler" pour ma Chimère bien que celle-ci ne nécessitait pas de carte grise ni de permis de conduire avant guerre.
 sucre Il fallait donc faire preuve de débrouillardise dans beaucoup de domaines et, être à la campagne présentait de multiples avantages, en particulier pour tout ce qui touchait à l'alimentation. Aussi, il arrivait fréquemment que nous aidions des citadins à notre tour. Les matières premières nous manquaient (farine, beurre, huile, sucre, etc. ); la charcuterie était "réservée" à ceux qui élevaient des porcs. 
Comme vous pouvez le constater sur les tickets de rationnement et sur le livret les accompagnant  , cela a duré longtemps après la guerre, le temps nécessaire pour retrouver un certain équilibre économique. Toutefois, j'étais déjà "rodé" puisque j'avais connu les restrictions de 1914 - 1918 où là, l'électricité et les pneus ne nous faisaient pas défaut, puisque pas encore dans notre quotidien, mais avec le pétrole qui nous privait en particulier d'éclairage.
 moulin

Pour la farine, j'allais chercher du blé (en sac) chez un ami et portait ce sac chez un autre ami, minotier, qui moulait le blé pour me donner la farine correspondante. Un jour, arrivant chez lui avec mon blé et, voyant qu'il faisait l'objet de contrôle à ce moment précis, j'ai passé mon chemin pour ne pas nous faire sanctionner. A cette période, je ne savais pas encore que cet homme courageux qui a aidé tant de ses compatriotes deviendrait le beau-père d'un de mes fils pas encore né.

 Le Petit Anjou Les pommes de terre étaient contingentées par les allemands mais nous arrivions quand-même à leur en soustraire pour en fournir à nos parents et amis qui venaient d'Angers et repartaient avec quelques kilos de cette précieuse denrée de Monsieur Parmentier. Ils prenaient eux-aussi des risques pour eux et pour nous car se faire prendre sur le chemin du retour aurait entraîné  enquêtes et  représailles. Pour leur part, ils faisait le trajet par le train "Le petit Anjou" et, le temps de retour permettait largement tous les contrôles possibles.
 ponts de cé
traversée
de paris
Les points critiques pour les contrôles étaient surtout les ponts, je me souviens du retour de mon Oncle venant de braver les gardes allemands et la police française en renfort sur le pont Dumnacus. Il revenait du domicile d'un de ses fermiers avec des barriques de vin et de la charcuterie, le tout pour amis et famille.
Une autre anecdote "de cochon" : j'étais allé dans un petit village avoisinant avec un camarade pour rapporter un demi cochon enveloppé  et la moitié du sang de ce cochon pour faire les boudins à l'arrivée. Le trajet se faisait en fourgonnette et, en revenant, en pleine campagne, une roue a crevé. Évidemment, les pneumatiques étant rares et chers, il n'y avait pas de roue de secours;  il a fallu aller à quelques centaines de mètres pour faire réparer la roue. Sur le chemin du retour, en rapportant la roue sur les lieux de l'immobilisation, nous croisons deux gendarmes encadrant une personne interpellée. Or, nous arrivions juste à hauteur du fourgon. Notre sang (pas celui du cochon ) n'a fait qu'un tour ... Heureusement, très occupé avec leur prisonnier, il ont passé le fourgon sans demander à inspecter celui-ci. Pour ceux qui n'ont des restrictions que les images des films "la grande vadrouille" ou "la traversée de Paris", sachez que quelquefois, nous n'en étions pas loin.
 Energic_1943 Revenons au travail, le motoculteur commandé dès mon retour est arrivé à l'été 1943. Il s'agissait d'un nouveau modèle avec six vitesses avant et trois vitesses arrière mais un seul détail manquait à la commande : les roues avec pneumatiques .... Il était donc équipé de "cornières" (roues métalliques avec des sortes d'aubes pour ne pas glisser sur la terre) . Il fallait y adapter en circonférence des bandes de roulement, métalliques également, pour aller sur la route sans détérioration. Mais je ne pus réellement utiliser mes six vitesses sur route que lorsque les pneumatiques sont arrivés.
bouyer 1940  Cependant , ce lourd motoculteur ne permettait pas de "buter" (chausser) les plants de ma pépinière et j'ai donc, dans le même temps acquis un petit motoculteur à une "roue" qui d'ailleurs était comme pour l'autre, une cornière métallique.
gelées Au printemps 1945, les gelées furent catastrophiques pour la végétation. Comme pour paralyser les soldats, 7 jours avant la signature de la victoire, au premier mai, une très forte gelée détruisit tout : légumes primeurs, fruitiers et vigne; ces dernières furent anéanties pour deux années à la suite de cette catastrophe.  Je me souviens avoir vu les prunes noicir dans la journée du premier mai !
cultures alternatives