Album "Mon beau-père emporté par la grippe espagnole à la fin du conflit 1914 1918".

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Mort pour la France                                                                                                                                               La grippe espagnole

Mon beau père avant 1914

 - La grippe espagnole et mon village

            Dans les petits villages, à la campagne, le virus ne se répandait pas aussi vite qu'en ville, si les conditions de transmissions n'étaient pas réunies (rencontre de personnes atteintes). Toutefois, je puis vous montrer que, même dans mon petit village de moins de trois mille habitants, d'autres personnes que mon beau-père sont décédées de la grippe espagnole, sans aller chercher le H1N1 à l'hôpital militaire.

Grâce aux service de l'État civil, j'ai donc étudié le nombre de décès, les âges, les transcriptions, pendant ces années et ai comparé mois à mois, les années 1918 et 1919 avec les années précédentes pour intégrer le paramètre de la guerre afin de ne pas fausser l'étude.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes, en octobre et en décembre 1918 ainsi qu'en mars 1919, le nombre mensuel de morts a doublé par rapport à la moyenne mensuelle sur l'année ainsi que par rapport à la moyenne mensuelle des mêmes mois des deux années précédentes.

En jaune, les pics de mortalité de octobre 1918 et décembre 1918

En Bleu, le pic de mars 1919.

 

         

Les quatre années en linéaire avec la moyenne des deux années précédentes pour les trois pics.

 

On est en droit de se poser deux questions :

                                                - Les décès sont-ils des civils ou des militaires ?

                                       L'enquête montre que l'état civil n'a enregistré des transcriptions que pendant le mois d'octobre 1918 et pour seulement 27% des décès. Les deux autres mois, aucune transcription n'a été saisie : seuls des décès dans la commune ont été enregistrés.

                                       - Les décès concernent-ils des personnes de moins de 50 ans ?( la grippe espagnole était connue pour son effet redoutable chez les populations "jeunes")

                                       L'enquête montre que plus de la moitié (52%) de ces décès de personnes de la commune ont moins de 50 ans sur les trois pics cumulés et que cette proportion atteint 63% en octobre 1918 et 73% en mars 1919!

En bleu 73% 100% et 100% de personnes du village

En jaune, la moyenne, trois mois confondus des moins de 50 ans

En bordeaux  les moins de 50 ans par mois (63% en 10/18 et 73% en 12/18)

En conclusion, on peut donc affirmer que dans cette petite commune, la grippe est bien passée et s'est malheureusement arrêtée, comme en parle mon oncle René à son épouse dans sa carte lettre du 14 octobre 1918.

On remarque,  en lisant cette carte envoyée par mon oncle, combien le sujet de la grippe est encore banal mais aussi que l'épidémie qui deviendra pandémie semble toucher le village comme la caserne.

Six jours plus tard, un échange de courrier permet de constater qu'une cousine a été atteinte. Elle n'en décèdera pas puisque je me souviens être allé à ses obsèques en 1960. Sur la photo, la cousine et son mari en permission à côté de la carte de mon oncle.

 

Deux jours seulement s'écoulent et le ton n'est plus le même : on remarque que le sujet devient préoccupant, à la ville, au village et à la caserne. La plus importante contagion dans les grandes villes et la vulnérabilité des plus jeunes  sont déjà constatées.

 

Conclusion

Une note d'optimisme au lendemain de la guerre : l'homme est capable du meilleur comme du pire mais sait, quand il le veut, tirer les conséquences des tragédies. On peut malheureusement remarquer que cette faculté est sélective et se limite aux catastrophes naturelles ou aux fléaux tels que des pandémies ou épidémies; pour la guerre, le vaccin n'a pas été trouvé...

Mais la grippe espagnole a été à l'origine d'une grande avancée dans le domaine de la santé. En 1919, la SDN est née lors du traité de Versailles. Elle créera un comité d'hygiène, après une prise de conscience internationale de la "non reconnaissance des frontières par les virus" et de la vulnérabilité de l'ensemble de la planète, le premier organisme de surveillance de santé mondiale : l'embryon de notre O.M.S.

 

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