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1940 1939 1945
1939/1940RETOUR
ALBUM
1939/1940
I - Le retour au pays Le retour au pays, la vie civile entre 1940 et 1945
II - Le rationnement Le rationnement
III - le sabordage Toulon 1942 Sabordage de la flotte à Toulon
IV - VOUS Y ETES La libération du village

PRECEDENTE  IV - 1940 1945 -  La libération de notre villageSUIVANTE

pont de la haute chaîne Depuis le débarquement en Normandie, c'est à dire depuis deux mois, la ville d'Angers faisait l'objet de bombardements diurnes et nocturnes. La presse censurée ne nous permettant pas de nous tenir au courant précisément des avancées, nous nous demandions bien si les alliés allaient un jour arriver jusqu'à nous. C'est le 10 Août 1944 que les troupes de Patton ont réussi à passer et à délivrer la ville du joug Allemand. Aussitôt après, les américains  sont arrivés dans notre village. En effet, au départ d'Angers, après une nuit de combats dans la ville et en particulier dans la "Doutre", deux directions sont suivies par les alliés : la route de Paris et les bords de Loire. Je me souviens de la Jeep qui est passée devant la maison et des riverains qui se sont précipités, comme nous, sur la place pour y découvrir tous les véhicules militaires arrivés par les autres routes. Certains habitants du village appartenaient aux F.F.I,  ils organisèrent rapidement un appel aux hommes présents, dont je faisais partie, afin de parcourir la commune et éventuellement faire prisonniers les Allemands qui n'auraient pas fui. Quelques-uns furent emmenés à Angers sans représailles locales. Ces mêmes forces nous ont demandé d'organiser une " permanence " de nuit afin de pouvoir parer à toute éventualité. Nous avons dormi dans la salle des fêtes sur les couvertures que nous avions apportées et aucun trouble ne nécessita notre intervention. 
pont de Verdun
les libérateurs
promener le mannequin Un cousin par alliance a confectionné, avec l'aide de sa mère et quelques "couturières" un mannequin du dictateur qui a été transporté dans tout le bourg pour rassembler la population sur la place. 
brûler le fûhrer Le mannequin est amené sur la place afin d'y être brûlé. Enfin exécuter le bourreau... On ne peut pas établir de parallèle avec les atrocités des camps puisqu'à cette époque les tristes crémations n'étaient pas encore connues de la population. Il s'agissait simplement d'un besoin, comme pour se protéger des sorcières au moyen-âge, de conjurer les esprits malfaisants responsables des années passées. Mon fils aîné, âgé de trois ans, que je portais sur mes épaules, se souvient de l'odeur de caoutchouc (inconnue ou presque à cette époque) s'échappant des bottes qui avaient été mises aux pieds du mannequin et qui brûlaient en dégageant une fumée noire caractéristique. Il se souvient encore aujourd'hui que lorsque nous étions rentrés à la maison et que j'avais relaté ces évènements à ma femme, ma mère et ma grand-mère,  mon épouse avait dit : "j'espère qu'il ont  utilisé une paire de bottes usagées". Comme quoi, rationnement et restrictions ont marqué ces générations même si cela n'a rien à voir avec les souffrances endurées par ceux qui manquaient de tout!
brûler le fûhrer
char et défilé joyeux Si ces démonstrations avaient rassemblé un grand nombre de personnes, il s'agissait d' une majorité d'hommes et d' une minorité d'enfants. Une autre forme de manifestation a eu lieu, un char a été réalisé et, femmes et enfants en liesse ont défilé à travers le bourg, après rassemblement sur la place, derrière un véhicule décoré de nombreuses gerbes de fleurs dont certaines en forme de croix de Lorraine 

(Origine :  vers 1350, croix à double croisillon des ducs d'Anjou, représentant un reliquaire contenant une parcelle de la vraie croix, conservé à Baugé; puis, devenue croix de Lorraine en 1473. En juillet 1940, c'est sur la suggestion de l'Amiral Muselier, d'origine Lorraine, qui rallia le général de Gaulle  et qui fut nommé commandant des forces navales et aériennes françaises libres, après approbation du général, que le signe distinctif de la Marine fut adopté. Il sera celui de toute la France libre par la suite).
Comme à chaque fois qu'il y a mouvement de foule, il y a des excès. Il a fallu "calmer" certains esprits prêts à faire justice, en particulier par rapport aux femmes ayant eu des "relations avec l'ennemi". Cet épisode n'est pas glorieux car bien souvent, et ce fut le cas dans la commune voisine, un amalgame est fait entre sentiments et traîtrise... Nous n'avons pas eu, contrairement à beaucoup de villes, à compter de femmes tondues ou "barbouillées" de peinture et d'inscriptions. En revanche, d'autres évènements à conséquences non moins tragiques furent à dénombrer : j'en relaterai un en reprenant le récit d'un ami prêtre. Suite à la loi de Vichy du 16 Novembre 1940, le Conseil Municipal ayant été révoqué par le Préfet ROUSSILLON, on vint demander au frère du prêtre d'être l'un des quatre membres d'une commission administrative pour gérer la commune. Il accepta et remplit cette tâche difficile avec courage et impartialité. Certains mécontents, et même furieux de sa présence à la mairie, lui feront payer cher. A la libération, ces excités sont venus jeter d'énormes pierres dans les portes de son domicile.  Sa femme eut tellement peur qu'elle ne s'en remit jamais. Elle mourut le dernier jour de mai 1945 ; elle avait 45 ans.  Et avant de mourir, elle dit simplement, d'une voix qui s'éteint, à son beau frère, vicaire : " C'est de leur faute, mais je leur pardonne". Gestes idiots, inspirés par la haine et aux conséquences dramatiques. 
Tout le monde n'a pas eu la chance d'être libre dès cette date. On pense évidemment aux Parisiens qui ont dû attendre encore un an ( le 25 août 1945 ); nous en savons quelque chose puisque un cousin a été tué lors d'un ravitaillement de barricades au moment de la libération. Sans aller si loin, à quelques kilomètres d'Angers, à l'ouest, une amie de ma femme nous relatait 6 mois plus tard (décembre 1944)les conditions de vie à Saint Jean de la Croix. 
le libérator Je pouvais désormais laisser mon fils jouer à l'extérieur avec l'avion que j'avais réalisé : " le libérator " sans crainte de représailles. Malheureusement, les temps difficiles n'étaient pas finis et les tickets de rationnements nous ont été indispensables encore plusieurs années. Toutefois, j'ai ai eu beaucoup de chance d'avoir été démobilisé et ne pas avoir été fait prisonnier.

Les  liens de part et d'autre vous conduisent respectivement aux chapitres avions et rationnement sans lien de retour (faire "précédent")
tickets de rationnement tickets de rationnement tickets de rationnement
cultures alternatives