Album "Mon beau-père emporté par la grippe espagnole à la fin du conflit 1914 1918".

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Mon village et la Grippe Espagnole                                                                                                                                               

Mon beau père avant 1914

 

LA GRIPPE ESPAGNOLE

Voir aussi la page précédente "la grippe espagnole et mon village"

Quelques chiffres :

Si la guerre 14/18 a fait 13 millions de morts, la grippe espagnole en compte environ 30 millions (20 à 40 officiellement, 100 millions possibles), plus que la peste noire pendant la guerre de cent ans ! 

De plus, en France, l'information en temps de guerre n'a pas permis de comptabiliser précisément les décès car un grand nombre des victimes furent des soldats déclarés morts sans autres précisions. En effet, cette forme de grippe touchait essentiellement, contrairement aux autres virus grippaux, les sujets âgés de 20 à 40 ans, donc la population mobilisée.  L'exemple de mon beau-père est révélateur, aux yeux des autorités, il est décédé "en service,  à l'hôpital militaire". Combien de victimes de la grippe espagnole ne figurent pas sur les listes de cette pandémie? Certaines études font état de 200 millions de morts ... les populations asiatiques et africaines ayant été largement concernées également. On estime que 50% de la population mondiale a été touchée. En France, la grippe espagnole a fait environ 400 000 morts.

A l'automne 1918 et au printemps 1919, le virus s'est montré plus virulent. Une accalmie ayant eu lieu à l'été 1918 et pendant les mois de janvier et février 1919 (les saisons moins propices à la propagation du virus?). Psychologiquement,  l'armistice a été assimilé comme une fin de la maladie mais le retour du virus après les grands froids a plongé de nouveau les populations libérées dans la peur.  

Certaines régions et certains pays n'ont été frappés que bien plus tard, au moment de l'extinction de l'épidémie. C'est le cas de l'île de La Réunion qui a connu une mortalité de près de 12% de la population, à partir de mars 1919. Le bateau Le Madonna ramenant les soldats aurait également rapporté le virus; curieusement d'ailleurs, car différentes sources prétendent que celui-ci aurait transité dans un stock de terre servant de lest au navire et pas par les passagers... Possible car car on connaît la rapidité de l'évolution de la maladie et la durée de la période d'incubation, les soldats n'auraient pas atteint les côtes de l'île; sauf si le "porteur sain" existait aussi pour le H1N1. Puis la pandémie s'est stabilisée et arrêtée en 1919, par "essoufflement" comme pour la plupart des virus lorsque les sujets susceptibles de le contracter sont frappés et que les porteurs ne sont plus en contact avec d'autres sujets sains. La grippe espagnole disparaîtra seulement un peu avant 1960. Quelques rares cas furent recensés entre 1975 et 1980. Depuis 1997 à Hongkong, c'est la grippe aviaire (le H5N1) qui devenait la plus préoccupante jusqu'à l'apparition des cas de grippe dite "porcine" ou grippe Mexicaine (pour continuer à acheter du porc) au Mexique en avril 2009. 

 Nous avons, c'est vrai, des connaissances et des médicaments antiviraux qui n'existaient pas il y a 90 ans mais j'ai bien peur qu'on surestime les capacités à réagir à une pandémie. Un grand inconvénient de la science et de la connaissance réside dans l'illusion du savoir et donc la sensation d'invulnérabilité. On oublie un peu ce que Jean Gabin chantait " je sais, je sais, je sais qu'on ne sait jamais".....

Pourquoi espagnole ?    -  une rumeur et deux hypothèses :


- Une rumeur répandue (propagande) : les allemands auraient fait transiter le virus dans des boîtes de conserves...  espagnoles!

1ère hypothèse :  En 1889, en Espagne, une épidémie de grippe avait fait 200 000 morts. Cette tragédie était restée présente dans les esprits puisque celle-ci ne datait que de 25 ans. Lorsque l'épidémie de grippe espagnole se propagea en France en 1918, ceux qui avaient connu cette période ou ceux qui en avaient entendu parler firent le rapprochement.

2ème hypothèse : L'Espagne n'étant pas en guerre, elle diffusait des informations sur l'épidémie alors que la France se contentait de donner des "nouvelles" de la situation espagnole sans commenter l'épidémie française. Or, ces nouvelles venues d'Espagne sans censure, contrairement à ce qui se passait sur le territoire, étaient d'autant plus prises au sérieux qu'elles étaient alarmantes : 70% de la population de Madrid aurait été touchée en trois jours en juin 1918; de quoi craindre l'air venu d'Espagne et donner une origine au nom du virus ...

En fait, il est probable que ce soit le rapprochement de ces deux hypothèses qui soit à l'origine du nom de cette pandémie.

Qu'elle soit nommée "grippe espagnole" que l'on aurait tendance à banaliser comme un rhume hivernal ou par l'appellation scientifique "influenza" ou par l'apparente inoffensive danseuse de flamenco, en langue anglaise  "spanish lady" ou par son code H1N1, c'est encore par son surnom français qui rodait de village en village et de tranchée en tranchée, comme la mort qu'elle traînait derrière elle  : LA GRANDE TUEUSE qu'elle est le mieux qualifiée.

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Propagation symptômes et effets

(A travers ce que j'ai pu entendre ou lire)

L'origine du virus est contestée, on pense qu'elle se situe en Asie mais des foyers, aux usa, ont été découverts en même temps, voire avant. Évidemment, les déplacements liés aux colonies puis aux transports de troupe ont été un vecteur de transmission non négligeable. Mais ce virus n'avait pas besoin de beaucoup d'aide pour tracer sa route. Il aurait mis seulement huit jours pour traverser les États-Unis. En France, les américains porteurs du virus auraient débarqué à Brest. Toutefois, certains cas avaient été découverts dans les tranchées auparavant. Il y aurait eu autant de morts par le virus chez les soldats américains que par la guerre elle-même ! Certains hommes n'ayant même pas pu atteindre le front ...

La population civile a peur des soldats qui sont les "porteurs" du virus : c'est la maladie des soldats ! En fait, le virus est partout mais, naturellement, dans la promiscuité et dans le manque d'hygiène, il fait plus de ravages. Pourtant, la censure et la propagande existent, le journal Le Matin publie un article pendant l'été 1918 présentant la grippe espagnole en alliée : « En France, affirme le chroniqueur, elle est bénigne ; nos troupes, en particulier, y résistent merveilleusement. Mais de l’autre côté du front, les Boches semblent très touchés. Est-ce le symptôme précurseur de la lassitude, de la défaillance des organismes dont la résistance s’épuise ? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité. » Cela nous fait penser aujourd'hui au nuage de Tchernobyl...

Les descriptions données par les témoins de l'époque sont unanimes : la maladie "fauche" partout où elle passe. De la fièvre, des courbatures, des céphalées sont les premiers symptômes après deux ou trois jours d'incubation. Cela ressemble à une grippe "ordinaire". Puis, dès le lendemain, des complications pulmonaires apparaissent sous forme d'une sorte de pneumonie. Les premières heures, il est possible de faire ingurgiter des sirops expectorants aux malades ou de leur faire faire des gargarismes. Mais en quelques heures, cela devient impossible, les salles des hôpitaux sont remplies de cris, un délire aigu les agite et il faut quelquefois les ligoter sur les lits avant qu'il ne tombent dans une sorte de  léthargie, une mort apparente qui précède le coma et la mort. Les injections d'huile camphrée et l'aspirine sont à peu près les seuls calmants et médicaments. Les anti-biotiques n'existent pas encore. Ils n'auraient pas stoppé l'épidémie mais auraient pu enrayer les complications bactériologiques pulmonaires qui étaient à l'origine des décès par asphyxie. 

J'ai trouvé un récit écrit par un médecin canadien qui a soigné des malades atteints de la grippe espagnole,  je me permets de le citer : "le visage du patient est rouge, les narines bloquées, la langue recouverte d'une épaisse substance blanche au pourtour, et brune au centre, les lèvres sont bleues, la gorge rouge très foncé, la peau est chaude et humide, la température atteint 103 ou 104 degrés… Plus tard, des expectorations sanguinolentes ou de sang noir sont recrachées, la respiration devient laborieuse, la figure et les doigts sont cyanosés, le patient entre dans une phase de délire actif, la langue est sèche et brune, toute la surface du corps devient bleue et le patient meurt d'une défaillance respiratoire. "

On imagine les souffrances des malades et la peur des "survivants".... on peut lire des témoignages selon lesquels des personnes bien-portantes craignaient la nuit de peur de ne pas se réveiller, d'autres, dans des groupes, militaires ou civils, atteints par la maladie et voyant leurs proches décéder les uns après les autres étaient pris d'angoisses, se considérant comme des morts en sursis... La peur et la nécessité de prendre des précautions par rapport aux cadavres entraînaient des précipitations dans les funérailles quelquefois réduites à la plus simple expression, sous la chaux et dans des fosses communes. Certains récits font état de personnes enterrées vivantes ou mises en bière pendant un coma... Dans bien des cas, la psychose entraînait également une recherche des causes dans la culpabilité : était-ce la "fin du monde"?  Était-ce une fatalité? Était-ce une punition infligée à ceux qui ne participaient pas ou pas assez à l'effort de guerre ? Les confessionnaux de certaines églises était, dit-on, assaillis lors que ces dernières n'étaient pas fermées ou lorsque le vicaire n'était pas soit déjà décédé soit sur les routes de sa commune à donner le dernier sacrement! 

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