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 LE   SERVICE   MILITAIRE -

1930 - 1931

En octobre 1930, je fus incorporé au 3° dépôt des équipages à Lorient afin d’effectuer les trois premières semaines d’instruction militaire. Ensuite, nous avons été répartis en différents centres d’aviation dont Rochefort sur Mer où je fus affecté dans l’aviation maritime.   
L'uniforme de sortie
 Un dirigeable 
Les six mois qui suivirent furent consacrés aux corvées, gardes et instructions. Puis, les anciens étant libérés, nous avons été affectés à des postes définitifs : plantons, jardiniers autour des bâtiments et cuisines (des officiers, sous-officiers et équipages). Mon adjudant de compagnie m’a nommé « garçon de salle au poste des maîtres » dont il faisait partie. Je les servais à table et je tenais en plus ce qui s'appelait la « buvante » .  
Le quartier des équipages
Autre dirigeable
Je m’occupais donc de l’approvisionnement et du service de la bière ainsi que de la comptabilité. Le Chef cuisinier était un civil qui faisait le marché en partant de chez lui et venait au centre avec le camion des subsistances et ramenait en même temps les denrées pour la cuisine des équipages. Nous étions bien occupés avec cinq autres matelots au poste mais c’était plus agréable que les six premiers mois et la nourriture meilleure qu’à l’équipage…. (j’ai pris quelques kilos pendant ce service …). 
Le poste des maîtres
 Poulet au menu
Nous couchions dans cette caserne "moderne" dans des dortoirs équipés de caissons destinés au rangement des effets personnels et crochets pour installer les hamacs. 
 Le bastingage 
 Les crochets 
En effet, bien qu'appartenant à l'aviation et n'étant pas à bord de bateau de l'aéronavale, mais dans des bâtiments, les troupes devaient passer leurs nuits dans des hamacs comme au large ... 
 Les hamacs
 La chambrée
Les services et les corvées étaient répartis comme à bord d'un navire et de ce fait, de par notre numéro matricule, nous étions soit "bâbordais" soit "tribordais" (ayant un numéro impair :231, j'étais tribordais). Quelle importance, me direz-vous ? 
La corvée de nettoyage de la chambre : on remarque la présence des bastingages sur lesquels sont posés table et bancs pour libérer l'espace. La corvée de quartier
En dehors des désignations dont nous venons de parler, les sorties suivaient évidemment les temps sans service, sans garde et sans corvées; donc, pendant toute la durée de mon service, il y a eu des camarades bâbordais (dont un de Fontaine-Milon) avec lesquels nous n'avons jamais pu prendre un quartier libre et ... pas de possibilité d'échange , la discipline , c'est la discipline ! Les anglais dont je parle en 1940 à Liverpool auraient dû savoir cela avant de nous critiquer comme ils l'ont fait!
Récréation
 L'équipe de garde
Au premier son de clairon du matin, nous devions plier et rouler les hamacs les caissons pour la journée. Si toutefois un retardataire avait entrepris de faire la grasse matinée, il ne la faisait pas longtemps. En effet, il y avait un deuxième coup de clairon une dizaine de minutes plus tard et le capitaine d'armes passait aussitôt tantôt dans un dortoir tantôt dans un autre et là , je puis vous dire qu'il ne faisait pas bon être en retard ! Les interdictions de sorties et les piquets d'incendie pleuvaient.
Clairons particuliers 
 Exercice matinal

Bien que cela n'avait rien à voir avec le cinéma, je faisais alors partie de la cinquième compagnie et quelquefois, il aurait été faisable de donner de la matière première à Hollywood. En voici une anecdote :

Pour prétendre sortir le soir, il fallait inscrire son nom sur la liste des demandes de permissionnaires le matin, sitôt la sonnerie du réveil. Au moment de la sortie, un rassemblement  et une inspection avaient lieu, devant l'aubette (poste de garde).

Tenue de travail extérieur 

 Tenue de travail intérieur

Le rassemblement

Inspection

L'aubette

A défaut de sortie, 

on s'occupe dans la caserne

Ce jour-là, 60 prétendants à la sortie (dont moi)  étions présents à l'appel sur trois rangs. Le capitaine de service (surnommé Popaul ) passe le premier rang sans observation; il  le fait avancer "un pas en avant, marche!" et procède à l'inspection du deuxième rang. Le deuxième rang avancé comme le précédent, l'inspection du troisième se déroule sans incident. Nous pressentions une sortie rapide car l'inspection semblait de bon augure; nous n'étions pas les seuls puisque le second maître se préparait à nommer et pointer sur son cahier lorsque le capitaine nous fait remettre au garde à vous et recommence une deuxième inspection rang par rang : "bas les bonnets" dit-il . Ceux qui avaient les cheveux un peu longs ou une pièce percée dans le fond du calot (pour tenir le pompon plus ferme) ont été priés de quitter les rangs pour remédier à ces défaillances. Cette deuxième inspection terminée, le capitaine reprend sa place et commence une nouvelle tournée d'inspection afin de vérifier les attaches des chemisettes ( les chemisettes de marins ne comportaient pas de boutons mais des cordons) . Un quatrième tour d'inspection fut réservé aux tâches et au cirage des chaussures !.... Puis, alors que les quartier-maîtres n'étaient généralement pas inquiétés, il se dirige vers ceux-ci et procède à une inspection des quatre ou cinq engagés en commençant par un "bas les bonnets" également; le coiffeur leur fut imposé avant une sortie éventuelle. Pour résumer, après presque une heure pendant laquelle tous les "non-sortants" regardaient avec étonnement depuis les bâtiments, il ne restait plus que 12 permissionnaires sur 60 demandeurs ! C'est évidemment à ces individus que l'on fait référence lorsque l'on parle de la bêtise militaire. Heureusement, cela restait et reste encore, je le crois, une exception . Je vous donne ici l'exemple inverse :
Les victimes de Popaul
Tenue correcte
exigée pour la sortie.
Les inspections de réfectoires et de chambrées étaient fréquentes et , pendant une de celles-ci le maître (adjudant de compagnie) Le Goulme a aperçu  mon banjo rangé dans mon caisson.
Des musiciens 
Les fervents du banjo et de la mandoline 
Il le prit,  joua quelques notes, comme pour le tester et me fit part de l'organisation d'une fête : la fête de la marine de Rochefort sur mer. Il me demanda de participer avec eux à cette manifestation. 
Photo de groupe 

 la   fête   de  la   marine

Répétition 



  Tous les ans, avait lieu cette fête, à Rochefort,   avec participation des commerçants sous forme de groupes, chars et musiques. Au centre, nous avions fait deux chars et mon adjudant de compagnie m’avait demandé de participer avec mon banjo ; lui-même en jouait très bien.   
 Les reines
Char de commerçant 
   La batterie était tenue par un autre maître ; d’autres camarades jouaient du banjo alto, du cornet à piston et de l’accordéon ; le tout dans un « œuf »duquel un lâché de pigeons était effectué devant le jury. Nous avons eu le deuxième prix du défilé qui comportait pourtant de nombreux participants.  
 2ème char de la caserne

                       Tous les participants de notre caserne à cette fête de la marine

 Notre char
 

Je suis resté garçon de salle pendant tout le reste de la durée de ce service à Rochefort et ne m'en suis point plaint de par le travail mais aussi par les permissions qui me permirent quelques sorties. Mon Oncle André était d'ailleurs venu me voir le jour de la fête de la marine. Il se rendait à Niort pour faire effectuer une révision de sa Bugatti. Nous nous sommes rendus à Fouras pour y déguster des huîtres de Marennes-Oléron.

Lorsque nous allions en permission à Soubise, nous devions prendre un bac. Cette destination était privilégiée par les amateurs de bals, ce qui n'était pas ma tasse de thé.
Dès que des permissions supérieures à 48h étaient accordées, je prenais le train pour rentrer quelques jours à la maison. A une de ces occasions, j'ai vu des bagnards en gare de la Rochelle. Leur train venait probablement de Bordeaux. Un wagon devait être réservé pour ces "voyageurs". Ils descendaient, encadrés par des gendarmes et attachés les uns aux autres par des cordes. Ils trainaient les pieds (malheureusement, je ne puis dire si ils avaient des fers aux chevilles , ce qui aurait provoqué cette démarche qui m'a marqué. Il me semble qu'ils étaient chaussés de sortes de sabots). D'autre part, ils étaient vêtus d'une tenue ressemblant à notre tenue de travail extérieur (en toile) de couleur foncée et portaient sur l'épaule un balluchon de toile de 30 cm de diamètre environ. Ils étaient conduits à l'Ile de Ré d'où ils devaient partir pour Cayenne. Ce devait être en 1931.

J'ai donc eu la chance de ne faire qu'une année de service militaire à cette période et c'est en octobre 1931 que j'ai pu regagner mon Anjou natal afin de me consacrer à ce qui est devenu la "sève de ma vie" : les greffes et l'arboriculture.

 
En 2006, La ville de Rochefort sur mer lui a demandé la permission d'accéder à ces documents et à emprunter un certain nombre de photographies pour constituer une affiche et une plaquette sur l'Aéronévale de ces années.
Cliquez sur la vignette pour accéder au contenu de la plaquette =>
Merci à la ville de Rochefort que je vous conseille d'aller visiter. Et si vous ne vous déplacez pas, allez au moins sur le site  ;-)  :

Blason Rochefort
plaquette papy-louis aeronavale rochefort
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